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Rudy Gollut 

Rudy Gollut, chef de section à l’EPCA

 

Lorsque la place de chef de section est devenue vacante, j’ai pensé “Pourquoi pas?”

 


 

Rudy Gollut, le parcours atypique du chef d’une des sections à l’EPCA

Si Rudy Gollut est depuis la rentrée chef de la section Bâtiment et Construction à l’Ecole professionnelle, commerciale et artisanale (EPCA) de Sion, son parcours, qui l’a conduit jusqu’à ce poste, est particulièrement atypique. Pourquoi et comment a-t-il évolué de chef d’entreprise à enseignant à temps partiel dans les branches théoriques puis à enseignant à temps complet dans le cadre des cours pratiques, avant de devenir chef de section à l’EPCA? Rudy Gollut a accepté de revenir sur les étapes de sa carrière qui s’est dessinée sans plan, en grande partie grâce aux autres. Sa vision de l’enseignement est intéressante, car il l’associe à des découvertes et des progressions.


 

Quel était votre choix de formation après le CO?

Je n’en avais strictement aucune idée. Je m’étais inscrit au collège de Saint-Maurice en socio-économique et le directeur avait appelé mon père pour lui suggérer que ce serait plus judicieux que j’aille en filière scientifique, en raison de mes bonnes notes en maths. Seule certitude concernant mon état d’esprit d’alors, je me souviens avoir dit à mon père que j’envisageais de travailler dans un bureau, sans projection précise, donc j’ai accepté ce choix fait pour moi. Après, plus j’avançais dans les années, moins je me projetais à l’université et je me voyais mal passer mes journées assis à une table. Six mois avant la matu, j’ai compris que ce n’était pas ma place et j’ai tout abandonné, alors que j’avais effectué quatre ans et demi de collège. J’ai enchaîné avec l’armée puis un apprentissage d’installateur en chauffage, sachant à ce moment-là que je voulais travailler sur un chantier.

 

Pourquoi avoir décidé d’effectuer un apprentissage dans le domaine du chauffage?

Mon père était dans le métier et mon frère, plus jeune, avait fait un apprentissage lié aux installations sanitaires. J’ai effectué mon CFC en deux ans et tout de suite après j’ai commencé la maîtrise fédérale d’installateur en chauffage.

 

Et comment êtes-vous devenu chef d’entreprise, puis enseignant?

Tout en préparant ma maîtrise, je me suis mis à mon compte en 1997, en m’associant avec mon frère qui lui avait déjà monté son entreprise. Là encore, sans vraiment me poser de questions. A peine ma maîtrise en poche, on me dit que l’Association professionnelle cherche des experts. Dans la foulée, il y a un poste de maître professionnel à temps partiel qui se libère à Martigny et mon frère me le signale, estimant que cela pouvait me correspondre.

 

Qu’est-ce qui vous a attiré dans l’enseignement lié à votre domaine professionnel?

En entreprise, j’ai toujours eu des apprentis et je les ai accompagnés avec enthousiasme dans leur évolution professionnelle, car ils sont un rouage important. Ce sont du reste d’anciens apprentis qui ont repris mes parts dans l’entreprise de mon frère.

 

Vous avez donc commencé par enseigner les branches techniques liées au domaine du chauffage…

Oui, pendant quinze ans à Martigny. En étant dans le collège d’experts, j’ai côtoyé les collègues de Sion engagés dans les ateliers. Un jour, mon prédécesseur au poste de maître professionnel en atelier à Sion m’a dit qu’il me verrait bien reprendre son activité lorsqu’il prendrait sa retraite et que je devrais alors tenter de postuler. Etant indépendant, et aimant travailler dans mon entreprise, j’ai hésité, mais, dans le même temps découvrir l’enseignement sous un angle davantage orienté vers la pratique dans le cadre des cours interentreprises m’intéressait, aussi le moment venu en 2014 j’ai postulé.

 

resonances enseignant carriere paradis ile faire autre chose

 

Qu’est-ce qui vous a motivé en devenant maître professionnel de l’atelier chauffage?

J’ai voulu, non pas tout bouleverser, mais apporter un rafraîchissement dans les cours. Très vite, j’ai trouvé que j’étais à ma place, même si j’avais un important challenge à relever, intervenant aussi dans des classes bilingues. Grâce à cette expérience, j’ai amélioré ma connaissance du vocabulaire technique lié aux métiers en allemand, ce qui m’a permis d’intégrer certaines commissions suisses pour la formation professionnelle, en étant parfois le seul Romand.

 

Avez-vous dû vous former une fois nommé?

Bien sûr, j’ai effectué les 1800 heures de formation exigées à l’IFFP (n.d.l.r.: Institut fédéral des hautes études en formation professionnelle). Même si intégrer ces cours pédagogiques n’était pas forcément évident, nombre de modules m’ont permis d’avoir davantage d’outils pour enseigner et dans l’ensemble la démarche a été constructive et profitable.

 

Se former en continu, est-ce primordial pour vous?

Ce sont des paliers essentiels, et le bagage scientifique acquis durant mes années de collège m’a bien aidé au niveau des cours théoriques, que ce soit par exemple pour ma maîtrise fédérale ou pour l’obtention de mon brevet fédéral de réviseur de citerne et de celui de fontainier, qui ont fait suite à des marchés décrochés au sein de l’entreprise. Ce qui est passionnant, c’est qu’à chaque étape de formation, j’ai l’impression de pouvoir élargir ma zone de connaissances et de compétences ainsi que mon réseau de contacts. Là, devenu chef de section, je trouve grisant d’avoir à faire un CAS en lien avec la gestion d’établissement à la FORDIF (n.d.l.r.: Formation en direction d’institutions de formation).

 

Depuis la rentrée, vous êtes chef de la section Bâtiment et Construction. Qu’est-ce qui vous a incité à postuler?

Me sentant à l’aise dans la section Bâtiment et Construction, lorsque la place de chef de section est devenue vacante, j’ai pensé «Pourquoi pas?», tout en n’y croyant pas vraiment, estimant que mon profil pourrait être perçu comme trop atypique pour le poste. Lors de ma nomination, j’ai donc été surpris, mais heureux d’avoir à relever ce nouveau défi.

 

En quoi consiste le job de chef de section?

Tous les chefs de section font partie du collège de direction de l’Ecole. Mes tâches englobent la gestion administrative et pédagogique de l’ensemble de ma section, à savoir 17 professions, un peu plus de 900 apprentis pour 45 enseignants, dont la plupart sont à temps partiel, ayant une activité professionnelle dans d’autres entreprises ou bureaux. Le chef de section est en prise très directe avec le monde du travail, ce que je savais, par contre j’avais sous-estimé la part relationnelle liée aux ressources humaines.

 

Vos expériences professionnelles antérieures vous aident-elles dans vos tâches actuelles?

Incontestablement, étant donné que dans mon entreprise j’étais déjà habitué à gérer un certain nombre d’employés, mais les problématiques sont évidemment ici un peu différentes. L’expérience du privé, avec les relations tant avec le personnel qu’avec la clientèle, m’aide au quotidien, même si tout n’est pas forcément évident, car je débute. J’essaie d’être à la recherche de solutions négociées et mieux vaut être posé et réfléchi dès qu’il y a une question à régler. En venant du monde de l’entreprise, j’ai aussi une vision nettement moins administrative, n’ayant aucune difficulté à prendre des initiatives ou à gérer le changement.

 

Auriez-vous une situation d’initiative audacieuse à citer?

Il y a deux ans, la Fondation Siemens mettait à disposition un fonds pour la formation et chaque atelier a déposé un projet avec des idées nécessitant un investissement. Etant alors maître de l’atelier chauffage, j’ai proposé de carrément chambouler son fonctionnement, avec des équipements techniques utiles non seulement pour les apprentis, mais aussi pour la formation continue. Je me suis investi avec conviction pour préparer cette demande. J’ai réalisé les plans détaillés, en imaginant une projection de cours totalement différente, et au final ce projet, pourtant coûteux, a été validé. A l’une ou l’autre reprise, mes collègues m’avaient fait remarquer, sur le ton de la plaisanterie, que j’avais «bouffé tout le budget».

 

En fonction de vos évolutions de carrière, votre regard sur les apprentis s’est-il transformé?

Ma femme me dit que je parle des jeunes d’une façon bien différente, même si je leur ai toujours accordé une grande confiance sur le plan professionnel. Avec les apprentis que j’avais en entreprise, j’étais assurément plus autoritaire, exigeant et strict, alors que dans ma position actuelle, je suis beaucoup plus compréhensif, tenant davantage compte de leur environnement et des difficultés qu’ils peuvent rencontrer au quotidien. Je suis systématiquement à la recherche de compromis, en dialoguant avec les patrons et les parents si nécessaire.

 

Au vu de votre parcours, quelle est votre perception de l’école obligatoire en Valais?

Si je regarde mon parcours d’élève et celui des jeunes en 2020, j’ai l’impression que nous étions, à l’époque, plus autonomes. Sans que cela soit une critique, car c’est sociétal, j’observe que les parents, s’ils ont raison d’accompagner leurs enfants, les entourent souvent de manière excessive. De ce fait, on constate que certains jeunes ne font rien si on ne leur dit pas comment ils doivent gérer telle ou telle situation. A mon sens, si l’interférence des parents dans l’enseignement était moins grande, tous gagneraient en autonomie et en sens des responsabilités dès leur entrée en école professionnelle, alors que là ça prend un peu de temps. Pour y parvenir sans trop attendre, à l’EPCA des cours d’appui sont donnés aux apprentis pour les aider à apprendre à apprendre et à organiser le travail hebdomadairement, de façon à ce qu’ils développent ces compétences. Il est vrai que le changement est plus important pour les apprentis que pour les collégiens, car ils doivent s’adapter à un rythme de vie alternant entreprise et école, toutefois je suis persuadé que l’autonomie est un gage de réussite dans les apprentissages de manière générale.

 

Estimez-vous que les jeunes peuvent faire évoluer facilement leur carrière ou se réorienter dès l’obtention du CFC?

Absolument, car les formations ne sont plus du tout cloisonnées, grâce aux passerelles et aux formations supérieures accessibles via le système suisse. Les possibilités d’évoluer dans son domaine, voire de bifurquer, sont multiples, ce qui est une chance pour les jeunes qui ont envie de progresser professionnellement. Et pour les entreprises, avoir des profils complémentaires, c’est à coup sûr un apport.

 

Pour l’école également, non?

En effet. A l’école, nous avons par exemple des charpentiers qui suivent la formation de dessinateurs et peuvent apporter leurs compétences relatives à leur premier domaine d’apprentissage, ce qui est extrêmement enrichissant. Quand j’enseignais à Martigny, je me souviens d’un jeune qui avait eu précédemment un parcours d’ingénieur en électrotechnique au Portugal, et dès qu’on parlait de régulation, d’ajustage de courbe ou d’autres paramètres très spécifiques, il amenait des connaissances et des compétences que je n’avais pas en tant qu’enseignant. En cours, il fallait juste lui laisser un peu de place afin qu’il puisse partager son savoir. Autre exemple, à l’époque où nous étions avec mon frère les initiateurs du chauffage à distance à Morgins, je calais mes cours de calcul sur l’avancement des travaux. Chercher ensemble des solutions à de vrais problèmes en additionnant les compétences des uns et des autres, cela garantissait la motivation, donnait du sens aux apprentissages, ce qui apportait du dynamisme à mon enseignement.

 

Propos recueillis par Nadia Revaz


 

world Les professions et les ateliers-écoles de la section Bâtiment et Construction

 

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