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LCC 40ans valais durabilite

 

LCC 40ans intervention 

 

Dans une classe de 4e où il a été question de consommation d’énergie en Valais avec trois intervenants successifs

 

J’ai ressenti une solidarité intergénérationnelle, avec une envie d’agir ensemble. -Oriane Garcia

Pour commémorer ses 40 ans d’existence, le Lycée-Collège des Creusets de Sion a organisé le 18 septembre 2020 une journée de réflexion articulée autour du Valais durable. Cet événement a été mis sur pied par Olivier Moser, professeur de philosophie au LCC. Une riche interdisciplinarité, une solidarité intergénérationnelle insoupçonnée, un dispositif hybride innovant sont quelques-unes des traces laissées par ce temps scolaire ouvert sur les enjeux du développement du canton d’ici 2060.

Ce projet, initialement prévu en mars dernier, se voulait un format autrement plus ambitieux et réparti sur toute l’année scolaire, avec en apothéose une manifestation brassant un public nombreux, toutefois en raison de la crise sanitaire celui-ci a dû être repensé et réduit. Paradoxalement, la distance imposée par le Covid-19 a induit davantage de proximité avec les intervenants «présents» dans chaque classe qu’en aula.

Tous les étudiants ont bénéficié de 90 minutes d’activités au cours de cette journée spéciale. Pour ceux de 1re année, le film «Shelter»  de Julien Roserens, avec de belles images des montagnes valaisannes, a été retransmis dans les salles de classe grâce à une solution numérique. Après le visionnage de ce documentaire sur le snowboard réalisé avec le souci de l’impact écologique minimal, les étudiants ont pu échanger, toujours à distance, via l’application Teams, avec le réalisateur valaisan et une personne de l’Association Protect Our Winters (POW). Pour les 4e années, des ateliers ont été prévus sur deux périodes le matin. Dans chaque classe, deux à trois intervenants ont successivement présenté leur exposé avant de débattre avec les jeunes. Les classes de 2e pouvaient alors suivre puis participer à distance à ces ateliers filmés qui étaient menés dans les classes de 4e année. Et l’après-midi, ce même système a permis une participation «en présentiel» pour les 5e et «en distanciel» pour les 3e années.

Simplicité, créativité, solidarité, esprit d’innovation, pensée en réseaux, objectivité, humanisme et ouverture sont les mots ayant guidé l’organisation de cet événement. La trentaine d’intervenants, issus de différents domaines (géographie, tourisme, urbanisme, économie, agriculture, politique, philosophie, art, sciences et technologie) et bénéficiant de formations variées (le monde académique n’étant pas le seul représenté), avaient été contactés en fonction de quatre problématiques liées au Valais durable (énergie, modes de vie, aménagement des terres, sensibilisation aux enjeux environnementaux sans entrer dans une culture de la peur).

 

J’étais l’organisateur, mais je me suis senti tel un élève curieux d’apprendre. -Olivier Moser

 

Les étudiants ont été sensibilisés aux enjeux de la durabilité et ont posé surtout des questions très concrètes. Pour Loïc, étudiant ayant choisi la physique en option, avoir dans sa classe trois personnes menant des activités scientifiques liées à l’énergie a été perçu comme une chance: «Les intervenants ont montré en quoi le développement économique, social et environnemental était lié en matière d’énergie, et qu’une bonne solution sur les plans technologique et écologique, si elle était intenable financièrement, s’avérerait tout simplement inacceptable pour la société.» Le collégien a trouvé le discours de ces spécialistes de l’énergie objectif et nuancé, estimant que trop souvent dans notre société ces sujets ne sont abordés que sous l’angle polémiste. Selon lui, le collège pourrait prolonger cette démarche : «Ce serait bien d’inviter régulièrement ces personnes du terrain pour sensibiliser les jeunes aux défis de la durabilité, sachant que cela nous concerne et nous intéresse.»

Quant aux intervenants, il ne fait aucun doute qu’ils partagent cette envie de rapprochement entre l’école et le monde extérieur. Ainsi que le souligne Stéphane Genoud, professeur responsable du Management de l’énergie à l’Institut Entrepreneuriat & Management et coordinateur de l'Energy Management Lab à la HES-SO Valais-Wallis à Sierre, «il est primordial de présenter à ces jeunes les solutions déjà existantes, afin qu’ils angoissent moins face au monde de demain et en cela organiser une telle journée était une excellente initiative, mais lors d’une prochaine étape, je suggérerais d’inviter les jeunes à venir voir sur le terrain les projets interdisciplinaires menés en Valais en lien avec la durabilité». Et d’ajouter, insistant sur l’importance de l’interdisciplinarité: «N’oublions pas que sans les sciences humaines et sociales, sans la philosophie et sans l’économie, le changement permettant aux ingénieurs d’arriver avec des solutions techniques ne sera pas possible.»

Pour clore cette journée, un moment de discussion, en présence de Christophe Darbellay, conseiller d’Etat en charge de l’économie et de la formation et président du Gouvernement valaisan, et de Christian Wicky, recteur du LCC, a réuni Olivier Moser et ses étudiants de l’option complémentaire de philosophie avec tous les intervenants de la journée. Ces derniers ont exprimé leur enthousiasme d’avoir pu échanger avec les étudiants du LCC.

Pour reprendre les propos de Christian Wicky, la philosophie est aussi nécessaire aux collégiens que l’ancrage dans le monde réel. A partir de cette journée pourrait se construire une démarche encore plus durable. A suivre. Pour l’heure, un débriefing de la journée est prévu dans la plupart des classes et dans le cadre de l’option complémentaire.

 

 


 

Oriane Garcia

Oriane Garcia, étudiante en 5e année au LCC, en option complémentaire «philosophie»

 

Quel était votre fonction lors de cette journée?

Notre professeur de l’OC de philosophie nous a seulement demandé de servir de guides pour accompagner les intervenants. Dans les classes, nous étions aussi là pour poser la première question à la fin des interventions, afin de lancer le débat.

 

Penser la durabilité, c’était le thème de la journée-anniversaire ainsi que celui de votre option complémentaire…

J’ai en effet la chance d’aborder ce vaste sujet dans le cadre de l’option complémentaire depuis plus d’un an, ce qui me permet de mieux en mesurer sa pertinence, mais aussi sa complexité. Les deux ans de cours sont répartis autour des dimensions économiques, sociales et environnementales, en étant articulés dans une perspective interdisciplinaire autour de la philosophie.

 

Envisagiez-vous de pouvoir bénéficier d’un cours de ce type au collège?

Non et c’est une bonne surprise. Comme l’a dit monsieur Darbellay, le collège est généralement très académique, un peu dans sa bulle, et cette option complémentaire nous ancre dans le réel.

 

Quelle idée-force pourrait qualifier cette journée particulière?

J’ai ressenti une solidarité intergénérationnelle, avec une envie d’agir ensemble. En étant honnête, c’était un étonnement de découvrir que des adultes travaillaient déjà activement sur des solutions concrètes en Valais. Les médias et les réseaux sociaux donnent une image tellement fausse, en ne se focalisant que sur les jeunes et en nous opposant aux adultes, sans tenir compte des finesses de la pensée des uns et des autres.

 

Quel moment restera gravé dans votre mémoire?

Les interventions auxquelles j’ai assisté ont été riches en apprentissages, mais ce que je retiens, c’est le partage entre étudiants de l’OC pendant la pause de midi, car c’était passionnant d’avoir un écho des autres ateliers. Cette mise en commun, évidemment nourrie par les conférences et les échanges, était d’une grande richesse.


 

Olivier Moser

Olivier Moser, professeur au LCC et coordinateur du projet

Quel est le lien entre la thématique abordée et l’option complémentaire de philosophie?

C’est une thématique qui me passionne et que j’avais introduite dès l’année dernière en option complémentaire sur deux ans, en 4e et 5e année. Porter le projet de cette journée était idéal pour responsabiliser les collégiens inscrits à cette option, en les impliquant dans une réflexion sur les relations entre l’Homme et la nature et dans l’organisation pratique d’un événement.

 

Il s’agit d’une sorte de philosophie appliquée…

Si les textes philosophiques passés et présents sont si importants, c’est parce qu’ils permettent de comprendre les défis actuels. Notre , c’est aussi de relier les savoirs académiques avec le monde réel et d’aider les jeunes à réfléchir au sens des projets qu’ils souhaitent porter.

 

Aviez-vous imaginé les réactions des intervenants relevant à la fois l’angoisse des jeunes pour l’avenir et leur besoin de connaître les solutions concrètes déjà existantes pour mieux intégrer la durabilité dans leur quotidien?

Certaines réactions, je les avais anticipées, mais pas toutes. Au cours de la journée, les élèves n’ont pas arrêté de me dire qu’ils ignoraient que telle ou telle solution existait ou était en réflexion. Grâce aux ateliers, ils ont appris qu’en Valais la durabilité était déjà pensée par de nombreux acteurs issus de divers milieux professionnels, ce qui peut contribuer à les rassurer.

 

Rapprocher les disciplines et les générations, était-ce essentiel à vos yeux?

La durabilité est une thématique particulièrement complexe et systémique, aussi il est indispensable de créer du lien et de l’intelligence collective pour avancer dans sa compréhension. Le but de cette journée était d’outiller les élèves afin qu’ils puissent construire du sens pour penser la durabilité, en expérimentant qu’il est possible de n’être pas d’accord sur tout et travailler ensemble, étant donné que chacun, peu importe son âge, ses valeurs, sa formation, son origine sociale, a quelque chose à retirer de cette diversité. En dialoguant et en se confrontant à des points de vue variés, mais nuancés, les jeunes peuvent effectuer un tri des savoirs et se situer en toute liberté, objectivement et lucidement, sans aucun endoctrinement.

 

A titre personnel, qu’avez-vous appris en organisant cet événement?

Lors de cette journée intense ainsi que pendant toute sa préparation, j’ai eu l’impression d’être un apiculteur face à une ruche, observant plein d’abeilles ayant des fonctions diverses et complémentaires. J’étais l’organisateur, mais je me suis senti tel un élève, curieux de désapprendre pour mieux apprendre.

 

Propos recueillis par Nadia Revaz

 

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