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musique neurones

Les neurosciences présentent la musique sous un nouveau jour.

 

A l’école, la place de la musique – des arts en général – est maigre.

 

En ce qui concerne les causes et les effets biologiques, la musique est inutile» (Pinker  1997). La musique ne servirait à rien pour notre adaptation à l’environnement, «comparée au langage, à la vision, au raisonnement social et au savoir-faire matériel» (Pinker 1997). Elle serait juste une activité de plaisir, même si elle active de multiples neurones. Certains musiciens célèbres ont eux aussi tenu des discours dans ce sens, tel Borodine (1833-1887) qui semblait considérer la musique comme une «activité relaxante à côté des choses sérieuses» (Bigand  2017).

C’est aussi parfois le statut qu’on lui donne à l’école: la place de la musique – des arts en général – est maigre par rapport à ce que notre société valorise le plus, soit les savoirs langagiers et scientifiques. Et au degré primaire, lorsqu’on a pris du retard dans les disciplines dites «principales», on fait facilement l’impasse sur l’enseignement de la musique ou des arts visuels.

Au niveau sociétal, l’année 2020 a été plutôt fatale à certains musiciens ne bénéficiant pas de contrats fixes. Elle a aussi touché toute la pratique «amateure», fanfares, harmonies, chœurs, privant d’un seul coup les musiciens occasionnels non seulement de musique, mais aussi des liens sociaux qui l’accompagnent. Le choix politique de regrouper le divertissement, la culture et le sport sous «manifestations» démontre que dans notre société, la musique n’est pas considérée comme essentielle.

Désormais, les neurosciences la présentent sous un nouveau jour. Oliver Sacks (1933-2015)  avait déjà observé que des musiciens atteints de troubles cérébraux pouvaient perdre leurs fonctions langagières, mais pas leurs fonctions musicales (les deux trouvant leur origine dans la même partie du cerveau), quand d’autres malades non-musiciens devenaient soudain d’extraordinaires mélomanes ou instrumentistes (Sacks 2009). Si ses travaux n’étaient pas des études scientifiques au sens actuel du terme, les neurosciences démontrent dorénavant que la musique serait un outil plus efficace pour la rééducation du langage que la pratique du langage lui-même. Pratiquer un instrument de musique retarderait le vieillissement neuronal (Bigand 2017) et chanter des berceuses aux enfants prématurés activerait le réflexe de succion, nécessaire à leur survie (Bigand et Tillmann 2015). La musique semble avoir une fonction psychologique fondamentale, car écouter de la musique qui nous plaît active notamment les réseaux de récompense de notre cerveau en produisant de la dopamine, molécule qui éveille également la curiosité et la motivation (Bigand 2017).

Aussi, plutôt que de sacrifier le moment de musique pour rattraper des activités en français ou en mathématiques, il semblerait plus judicieux de stopper ces dernières au profit d’une activité musicale, même brève, qui relancerait le plaisir général d’apprendre. La musique aurait ainsi une double fonction: se faire plaisir tout en permettant d’activer des fonctions neuronales inhabituelles, sources de curiosité générale.

A défaut d’avoir permis à l’homme d’être ce qu’il est, la musique pourrait peut-être le soutenir dans ce qu’il a encore à découvrir de lui?

 

Carine Tripet Lièvre, HEP-VS


 

Bibliographie

Bigand, E. (2017). «Le pouvoir transformationnel de la musique: quelles implications pour la société?», Revue internationale d’éducation de Sèvres, n°75. pp. 45-54 https://doi.org/10.4000/ries.5928

Bigand E. & Tillmann B (2015): « Introduction to the Neurosciences and Music V: cognitive stimulation and rehabilitation », Annals of the New York Academy of Sciences, 1337: vii-ix.

Bigand E. (dir.) (2013): Le cerveau mélomane, Paris: Belin.

Pinker S., (2000). Comment fonctionne l’esprit. Paris: Odile Jacob.

Sacks, O. (2009). Musicophilia. La musique, le cerveau et nous. Paris: Seuil.

 


Liens

Diverses interventions radiophoniques brèves d’Emmanuel Bigand: https://www.u-bourgogne.fr/?s=emmanuel+bigand

Emission France inter «Sur les épaules de Darwin”» consacré à Oliver Sacks (3 épisodes, 5-12-19 septembre 2015) https://www.franceinter.fr/emissions/sur-les-epaules-de-darwin/archives-24-08-2015-01-07-2016?p=3

 


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