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Du 22 au 28 mars dernier, dans le cadre de la Swiss Money Week, divers événements, dont une conférence d’ouverture en ligne donnée par Caroline Henchoz (cf. interview), ont été organisés au niveau national. Cette Semaine thématique a été chapeautée par plusieurs institutions réputées en matière d’expertise financière, de formation dans ce domaine et de prévention de l’endettement. Ainsi que le relève Sébastien Bétrisey, enseignant d’économie et responsable du cours PPI (partie pratique intégrée) à l’Ecole de commerce et de culture générale (ECCG) à Sierre, responsable de l’offre de formation de la BNS iconomix pour la Suisse romande et italienne et l’un des co-organisateurs de cette semaine thématique, l’argent reste en Suisse un sujet tabou, aussi l’idée de croiser les regards pour en parler est bienvenue. Si du côté des écoles valaisannes seule l’ECCG de Sierre a participé, c’est parce que c’était la première édition et qu’il s’agissait d’expérimenter.

 

Activités en classe

A l’ECCG de Sierre, un atelier et une exposition ont été mis sur pied. Les classes de 3e année ont participé à une présentation-discussion menée sous l’impulsion de Romaine Darbellay et de Sébastien Blanchard, tous deux responsables de projets à Promotion santé Valais. Dans les couloirs de l’école, les jeunes ont par ailleurs pu découvrir une exposition de Promotion santé Valais sur la thématique du jeu excessif et de l’endettement chez les jeunes. Pour Frédéric Moix, directeur de l’ECCG, aborder en classe des jeux de hasard et d’argent, tout en évoquant brièvement la gestion d’un budget équilibré, est une occasion de donner quelques clés pour aider ces jeunes qui devront gérer l’année prochaine leur salaire de stagiaire.

 

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Les élèves ont pu décrypter certaines stratégies marketing utilisées dans les publicités pour les inciter à jouer.

 

S’immerger dans l’une des classes de 3e année était l’occasion de voir ce que les jeunes savent ou ignorent à propos des jeux d’argent, vidéo, en ligne, etc. Après un jeu brise-glace permettant d’avoir une idée des types de jeux auxquels les élèves avaient déjà joué, Romaine Darbellay et Sébastien Blanchard ont repris les questions du quiz en ligne sur leur nouveau site (cf. encadré). Si les jeunes ont souvent les bonnes réponses à l’unisson ou presque, tous ne semblent par exemple pas savoir si miser sur des jeux de hasard en ligne est interdit ou non pour les mineurs. Les étudiants ont aussi pu visionner plusieurs vidéos, notamment sur la dopamine, et décrypter les stratégies de marketing derrière les images de quelques publicités ou vidéos présentant des jeux en fonction de différents publics cibles. L’arrêt sur images s’avère particulièrement intéressant, car les observations des élèves se complètent. Quelques pièges associés à divers types de jeux sont déjoués. A un moment donné, une élève demande d’où vient l’argent pour ceux qui gagnent? «De ceux qui perdent», répond du tac au tac Sébastien Blanchard. Et Romaine Darbellay de renchérir: «C’est l’argent des gens qui jouent.» Une évidence parfois oubliée apparemment, même si les joueurs de certains jeux peuvent se dire, pour autant qu’ils en ont les moyens, qu’ils financent certains domaines culturels ou sportifs, via un système de redistribution. Le message se veut préventif, plaidant pour la modération, rappelant que l’histoire de l’homme et des jeux, avec les risques de dépendance, n’ont rien de contemporain. Comme les intervenants le soulignent à plusieurs reprises, il s’agit d’aiguiser son esprit critique pour ne pas être victimes des sollicitations et courir le risque de tomber dans l’addiction, en cherchant à «se refaire» sur la base de fausses croyances. A la fin de la 2e période, les élèves sont sommairement renseignés sur la manière d’établir un budget (pour aller plus il y a l’outil en ligne, cf. encadré). En fin de cours, plusieurs élèves estiment que cette présentation ludique leur a permis d’avoir de nouvelles informations pour plus de vigilance. Mais l’un d’eux doute de l’efficacité des messages de prévention sur les jeunes déjà parieurs ou joueurs. Plusieurs relèvent qu’il faudrait parler des dangers des jeux assez tôt dans le cursus scolaire. En visitant l’exposition, deux chiffres interpellent dans ce sens: à savoir que 8 ans correspond à l’âge des premières micro-transactions et 16 ans à celui de la première mise.


 

Caroline Henchoz

INTERVIEW DE CAROLINE HENCHOZ

Caroline Henchoz, sociologue, professeure assistante à la Haute Ecole de travail social de la HES-SO Valais-Wallis et maîtresse d’enseignement et de recherche en sociologie à l’Université de Fribourg, a donné une conférence en ligne dans le cadre de la Swiss Money Week, afin de répondre notamment à la question de savoir à quels risques font face les jeunes qui utilisent internet pour gagner, dépenser ou gérer leur argent et quelles mesures pourraient être mises en place du côté de la prévention ou du moins de la sensibilisation.

 

Certains jeunes n’ont pas les mêmes opportunités que d’autres pour économiser.

 

Après vous être intéressée à l’argent et au couple dans le cadre de votre thèse, pourquoi avoir choisi d’enquêter sur les jeunes et leur rapport à l’économie digitale?

Les processus d’apprentissage et les évolutions de pratiques des jeunes utilisant internet pour leurs activités économiques sont très peu explorés sous l’angle sociologique. A l’Université de Fribourg, nous avions mené une première recherche à la fois quantitative et qualitative sur les jeunes et l’argent, afin d’en savoir plus sur la socialisation économique, mais nous n’avions alors pas distingué l’argent matériel et immatériel. Cette nouvelle recherche, financée par la Commission scientifique de la Haute Ecole spécialisée de Suisse occidentale et réalisée à la HES-SO Valais, nous permet d’aller plus loin, en regardant si le rapport des jeunes avec l’argent diffère avec l’économie digitale.

 

En matière d’économie digitale, vous mettez en avant des inégalités qui perdurent selon le milieu social, constatant que tous les jeunes n’ont pas les mêmes conditions d’apprentissage malgré les informations plus facilement accessibles avec internet. Vous attendiez-vous à ce résultat?

Déjà avec l’argent matériel, nous avions observé qu’il ne suffisait pas d’avoir accès aux informations pour avoir les bons comportements et que le milieu social influait beaucoup. Certains jeunes dans des situations très précaires savent très bien qu’ils devraient planifier leur budget et épargner, car ces valeurs-là sont transmises par les parents, mais ils n’ont pas les mêmes opportunités que d’autres pour économiser. Un jeune qui n’a pas beaucoup de moyens ira par exemple acheter en ligne sur des sites où les prix sont incroyablement bas, mais où la probabilité de se faire arnaquer est plus élevée. D’autres essayeront d’utiliser internet pour gagner de l’argent, sans forcément en mesurer tous les risques. Faire une expérience négative, en se retrouvant endetté, n’a pas le même impact pour un jeune favorisé ou défavorisé.

 

En fin de présentation, vous avez mentionné la nécessité d’avoir une prévention ciblée pour les filles. Là encore, n’est-ce pas contre-intuitif?

Ce qui ressort de notre recherche, c’est que moins les jeunes utilisent internet, plus ils sont à risque et que les utilisateurs les moins réguliers sont plus souvent des filles, peut-être parce qu’elles ont une relation différente au numérique et à l’argent.

 

La période du semi-confinement pourrait-elle avoir un impact durable sur les pratiques économiques des jeunes?

Lors d’entretiens au début du semi-confinement, certains disaient ne plus vouloir acheter en ligne et privilégier le commerce de proximité pour soutenir les commerçants, mais une fois l’effet de sidération passée et la fermeture des commerces non essentiels se prolongeant, beaucoup ont repris leurs anciennes habitudes voire ont découvert les avantages des achats en ligne. Par contre, ils sont aussi nombreux à avoir fait les démarches pour le e-banking ou installé diverses applications durant cette période.

 

L’école a-t-elle un rôle à jouer dans la transmission des apprentissages autour de l’économie digitale?

Les jeunes trouvent souvent que les apprentissages liés à l’argent ne sont pas suffisamment pratiques ou trop éloignés des questions qu’ils se posent, car le sujet les intéresse. La prévention ne devrait par contre pas se limiter à internet, car les arnaques financières sont aussi dans la vie réelle.

 

Propos recueillis par Nadia Revaz


 

Pour en savoir plus sur la Swiss Money Week

Swiss Money Week

(iconomix)


 

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Autour du budget

Jeu iconomix: Comment établir son budget?

Jeu du budget de Pro Juventute

Calcule ton budget sur Promotion santé Valais


 

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Site ludique pour sensibiliser aux jeux de hasard et d’argent

Deux nouveaux slogans portent la campagne de sensibilisation aux comportements à risque liée aux jeux de hasard et d’argent destinée aux jeunes. Promotion santé Valais a décidé d’être présent là où ils le sont et de développer, avec le soutien du Canton du Valais, un site ludique et dynamique.


 

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