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Ricardo Dos Santos

 

A l’école, on ne nous apprend pas assez la vie.

 

Ricardo Dos Santos est élève à l’Ecole préprofessionnelle de Sion. Dans son parcours scolaire antérieur, de la 1H à la 8H, il a fréquenté l’école à Ardon puis a effectué ses années de cycle d’orientation au CO de Derborence à Conthey. A la fin de sa scolarité obligatoire, selon son expression, il a passé l’année «à la raclette» et désormais il profite d’être en EPP pour améliorer très nettement ses résultats. Après avoir d’abord songé à s’orienter dans l’informatique, aujourd’hui il envisage de faire l’Ecole de commerce et d’étudier ensuite en HES.


 

Comment se sont déroulées vos années d’école à Ardon? Qu’est-ce qui était positif ou négatif?

Sur le plan strictement scolaire, je n’ai eu aucun souci jusqu’à la fin du primaire et donc pas beaucoup de critiques à exprimer. On n’avait pas des montagnes de devoirs, les matières enseignées n’étaient pas excessivement complexes et les enseignants étaient plus ou moins sévères ou indulgents, mais je n’en ai jamais rencontré de méchants.

 

Auriez-vous tout de même modifié quelque chose?

On pourrait revoir le système de notation, car même si la compétition motive certains élèves, d’autres se démotivent dès qu’ils ont une note moins bonne que les autres, en se sentant nuls. Il faudrait un système différent pour chacun afin de ne pouvoir se comparer qu’avec soi-même et ainsi mieux progresser. Au CO, j’imaginerais une répartition en 4 niveaux, ce qui nécessiterait plus de profs. Même si c’est encore assez tabou, je trouve qu’il faudrait oser une école un peu différente.

 

Quels souvenirs avez-vous du CO?

Il y avait de bonnes choses aussi, mais j’ai parfois eu l’impression, même si on répondait à mes questions, d’être ignoré et traité comme un inconnu, alors qu’en EPP on me porte une attention spécifique. Au CO, les enseignants parlent à tous les élèves, non à chacun en particulier, et on est évalué sur notre capacité à étudier et non sur l’ensemble de nos compétences.

 

Comment expliquez-vous ce décalage avec l’EPP? Serait-ce dû à l’approche par projets interdisciplinaires qui favorise peut-être une ambiance plus collaborative entre les enseignants et leur donne un regard sur les élèves plus complet? Ou du fait qu’il y a moins de stress au niveau du programme?

C’est possible. Ce que je crois surtout, c’est qu’en EPP, comme c’est une roue de secours, le but des enseignants est clairement de nous aider et du coup ils s’intéressent à nous et à nos difficultés d’apprentissage. Depuis que je suis à l’école, c’est mon année préférée.

 

Pourquoi définissez-vous l’EPP comme une roue de secours ? N’est-ce pas plutôt une année de transition?

Oui, mais l’on entend parfois dire que c’est une roue de secours et ce n’est pas totalement faux. On y vient pour trois raisons principalement, soit parce qu’on n’a pas les notes pour entrer dans l’école souhaitée, soit parce qu’on ne sait pas vers quoi s’orienter, soit parce qu’on n’a pas réussi à trouver de place d’apprentissage. Après, on se saisit ou pas de cette roue de secours. Pour moi, elle m’a été très utile.

 

Comment percevez-vous l’approche par projets interdisciplinaires en EPP?

Dans ma classe, on n’a pas vraiment eu de chance, car le premier projet, à savoir organiser des activités facultatives, principalement autour du sport, n’a pas pu aller jusqu’à sa finalité à cause du Covid. Actuellement nous sommes en train de réaliser l’agenda pour l’année prochaine. Le projet par classe est de toute façon intéressant, car il nous amène vers le monde du travail, en nous apprenant à nous organiser et à coopérer, ce qui est essentiel. Cette manière de travailler nous sort aussi un peu de l’ordinaire.

 

Y aurait-il tout de même quelque chose à changer en EPP?

On pourrait peut-être aller plus loin dans certaines branches, comme l’anglais ou les maths. En fait, je prendrais modèle sur l’EPP pour modifier le CO.

 

Pendant cette période de crise sanitaire, l’ouverture sur le monde extérieur, avec des activités culturelles ou sportives différentes et des rencontres, vous manque-t-elle?

Evidemment, car avoir davantage de contacts avec l’extérieur, c’est enrichissant. S’ouvrir sur le monde permet aussi de comprendre à quoi certains apprentissages scolaires peuvent servir, et quand on le sait, c’est plus motivant. Après, il y a d’autres manques plus importants en cette période, surtout ressentis en dehors de l’école.

 

Au programme, ajouteriez-vous de nouveaux savoirs? Et en supprimeriez-vous?

A mon sens, dès la fin de la 8H, on devrait parler davantage du monde qui nous entoure. Dans notre société, on consomme, mais on réfléchit très peu, aussi l’école pourrait nous aider à avoir des points de vue différents et à ne pas tous penser de la même façon. A l’école, on ne nous apprend pas assez la vie. On devrait également s’exercer à gérer un budget, les factures, les assurances, les franchises ou d’autres choses très concrètes, parce que ce n’est pas discuté dans toutes les familles. Peut-être qu’on pourrait enlever une heure ici ou là, dans le but d’avoir du temps pour cette nouvelle branche à laquelle il faudrait donner un nom pour englober tout ça.

 

Seriez-vous favorable à des branches à option?

Pourquoi pas, mais un programme commun, ce n’est pas plus mal. Par contre, on devrait pouvoir avancer plus à notre rythme dans les diverses branches. Nous n’avons pas tous les mêmes capacités, la même façon d’apprendre ou les mêmes centres d’intérêt. Chaque personne est bonne dans quelque chose, mais comme le dit la fameuse phrase, si on demande à un poisson de grimper à un arbre, il sera nul, alors que s’il doit nager 300 mètres dans une piscine il sera content.

 

Avez-vous l’impression que l’école vous a donné toutes les méthodes pour apprendre à apprendre?

Absolument pas et pour moi c’est un de ses plus gros défauts. Certains élèves apprendront facilement s’ils aiment la matière, alors que d’autres devront répéter et répéter encore, avec peu d’efficacité. Pour ma part, j’ai plus de facilité à apprendre une théorie scientifique que du vocabulaire en allemand, donc j’ai besoin de conseils pour mieux mémoriser. Si les profs s’intéressent aux élèves, tout devient plus simple, car ils nous donnent des astuces et cela joue ensuite sur les résultats.

 

Vous dites qu’un bon enseignant s’intéresse à l’élève. Doit-il avoir d’autres qualités?

Il doit expliquer correctement et trouver la bonne façon d’aider l’élève à apprendre, en étant patient et disponible. Si en plus il arrive à faire aimer sa matière, alors il a tout gagné et nous aussi. Un enseignant que j’ai adoré au primaire, c’est Xavier Bachmann, car en nous faisant rire, il éveillait notre curiosité et notre envie d’apprendre. Autre exemple, de base je n’aime pas du tout l’allemand, et cette année j’ai du plaisir à venir en cours. Sans les profs, l’école n’a aucun intérêt, puisque tout ce qu’on apprend en classe on peut le découvrir via un écran ou dans les livres. Selon moi, la seule utilité de l’école, ce sont les profs.

 

Est-ce qu’un enseignant à distance est autant efficace qu’en présentiel?

S’il sait adapter son enseignement à distance, c’est possible. On pourrait éventuellement envisager une école avec un jour d’apprentissage à distance, ce qui limiterait certaines formes de harcèlement scolaire, mais pas plus, car l’école est avant tout un lieu social.

 

A partir de cette discussion, si vous pouviez changer une chose immédiatement, que choisiriez-vous?

L’école devrait maximiser les domaines où chaque élève est bon pour qu’il soit encore meilleur et minimiser ceux où il a plus de peine, en essayant juste qu’il progresse par rapport à lui-même, donc qu’il soit moins mauvais. Et tous les enseignants devraient ne jamais oublier de nous considérer comme des humains, tous différents.

 

Propos recueillis par Nadia Revaz


 

Nouvelle rubrique

Depuis plusieurs années, Résonances donne régulièrement la parole aux élèves, étudiants et apprentis, notamment dans le cadre de la rubrique «Fil rouge de l’orientation» ou dans divers autres articles, en prenant le temps de les écouter sur une ou deux périodes. En novembre dernier, un dossier a mis en avant leurs propos de manière plus significative et le Conseil de rédaction a particulièrement apprécié leurs visions de l’école. Dès lors, à partir de ce mois, ce dossier se prolonge sous la forme d’une rubrique régulière. Merci à Anne-Lucie Vergères, directrice de l’ECCG-EPP de Sion, de nous avoir mis en contact avec cet élève en EPP qui s’est livré avec brio à l’exercice de l’interview.

 


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