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Lors de la discussion dans l’une des deux classes rencontrées

 

Dans les cours de Ruth Stalder, professeure d’économie au Lycée-Collège de la Planta (LCP), le civisme – malgré le peu d’heures à disposition – prend des allures de laboratoire de la citoyenneté et de la démocratie, avec une approche originale aux airs de mini FAP  organisé à l’échelle de la classe, et au plan strictement suisse et non pas onusien. Si le débat est toujours au cœur de l’introduction au civisme pour l’enseignante, cette expérience est inédite. Six classes de 1re année sont entrées dans une démarche pensée en plusieurs étapes, allant d’une sensibilisation théorique à des exercices d’application pratique autour des instruments de la démocratie directe, à savoir l’initiative populaire et le référendum facultatif. Francis Rossier, recteur du LCP, trouve que la curiosité de ces jeunes pour les questions sociétales abordées en cours de civisme est réjouissante. Rencontre avec les élèves de deux classes dans le but d’avoir leur regard sur une autre façon de se familiariser avec la citoyenneté.

 

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Le document théorique élaboré par Ruth Stalder et transmis aux élèves

 

Comme le souligne Ruth Stalder, «il s’agit d’expliquer aux étudiants le système politique suisse, de les intéresser à la chose publique et de leur donner des outils pour développer l’esprit critique et se construire leur propre opinion». Elle note que d’aussi jeunes élèves peuvent tout à fait comprendre les problématiques sociétales, même si l’investissement actif dans le projet et la dynamique varient d’un étudiant à l’autre et de manière plus globale d’une classe à l’autre. Cela s’est vérifié lors des discussions à propos de cette démarche dans l’une et l’autre classe. Dans la première, on ressent vite que les débats ont été nettement plus nuancés que dans la seconde où les élèves étaient davantage clivés en deux camps de pensée très opposés. Toutefois, dans les deux classes, la dimension interactive du cours permettant de découvrir que les droits politiques du citoyen ne se limitent pas au droit de vote a été appréciée. Pour reprendre les mots d’une des collégiennes, «avec cette manière d’aborder le civisme, on n’a pas l’impression de travailler, et en même temps on apprend beaucoup.»

 

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L’un des articles rédigés au terme du 1er exercice d’application

 


 

Discussion avec deux classes

Ainsi que l’expliquent les étudiants, ce laboratoire démocratique a débuté par une approche théorique du système politique suisse à partir de la brochure conçue par leur professeure, et une fois les notions de base intégrées via des exercices d’application. Dans une première activité, ils se sont familiarisés avec des sujets soumis au peuple, comme la baisse des primes pour freiner les coûts de la santé, le salaire minimum étendu à tout le monde ou le service militaire obligatoire pour toutes et tous. Au final, ils ont rédigé des articles avec des arguments pour et contre, intégrant parfois des éléments du contexte de la crise sanitaire actuelle. Concrètement, ils se sont réparti les tâches en devenant membres d’un comité d’initiative, en préparant les contenus, tout en incluant le rôle du Conseil fédéral et des médias et en organisant le vote. Les articles rédigés en français ont été traduits en allemand, en italien, en portugais ou en anglais, histoire de valoriser les compétences linguistiques de la classe et d’apporter une dimension internationale aux questions helvétiques. L’étape suivante, dans laquelle ils sont encore au moment de la rencontre, consiste à proposer des pistes pour changer la Suisse (cf. encadré). Ils ont commencé par lancer des idées liées à leur environnement direct, notamment scolaire, ou à des problématiques plus larges ayant un impact pour notre avenir commun, puis ont retenu les plus plébiscitées. Pour exemple, la première classe interviewée a débattu d’un salaire qui serait alloué aux étudiants et, en creusant la thématique, ils ont observé que c’était quelque chose de bien moins évident à mettre en œuvre et de peut-être moins judicieux que supposé. Le vote final n’a toutefois pas encore tranché la question.

 

Il s’agit de donner aux étudiants des outils pour développer l’esprit critique et se construire leur propre opinion.

 

Comment les élèves perçoivent-ils cette initiation au civisme? «Ce qui est bien, c’est que la théorie soit complétée par des activités invitant à des débats constructifs, car notre professeure nous apporte des informations ou des statistiques pour construire nos arguments», commente l’un des jeunes. Une autre considère que la force de la démarche, c’est de travailler en différents groupes en se répartissant des rôles et elle est convaincue que ce qui lui a permis d’aller encore plus loin dans la nuance des arguments, c’est d’avoir été journaliste lors de l’activité. Dans l’autre classe, une modératrice des débats fait le même constat. «Ce que j’ai le plus apprécié, c’est de débattre comme dans un parlement à petite échelle, car habituellement je ne côtoie que des personnes ayant des points de vue assez similaires aux miens», observe un autre étudiant. Quelques-uns relèvent avoir évolué dans leur perception de la thématique au fil des discussions et sont d’avis qu’en cela c’est différent des débats médiatiques où la plupart du temps chacun est enfermé dans une conviction politique. «Les activités proposées rendent visible la face cachée de la politique, celle qui est moins médiatique», remarque l’un d’eux. Un autre complète: «Quand on creuse un sujet au-delà du titre, certains aspects démontrés par l’opposition peuvent nous sensibiliser à des répercussions négligées dans notre analyse de départ.» L’une des étudiantes trouve que «c’est vraiment dommage de se battre lors de débats, alors qu’une discussion où chacun est ouvert d’esprit et prend le temps d’une écoute est tellement plus riche.» Ils sont plusieurs à noter que le débat en contexte scolaire invite à s’exprimer correctement et respectueusement, loin des insultes.

Quelques jeunes disent avoir du plaisir «à goûter» à la citoyenneté participative. Reste que la question de la participation active des uns et des autres ne fait pas l’unanimité. «Certains se laissent porter par l’énergie du groupe ou de la classe et se contentent de faire partie du voyage sans rien amener», déplore un étudiant. Et un autre collégien de l’autre classe partage ce regret: «Cette passivité est vraiment dommage, car nous avons une formidable occasion d’interagir et d’exposer nos arguments face aux autres».

Ces ados seraient-ils favorables au vote à 16 ans? Dans les deux classes, cette question d’actualité n’entraîne pas de réponse claire, alors qu’ils sont conscients qu’avant le cours ils auraient spontanément choisi entre le oui ou le non. Certains pensent ne pas avoir la maturité nécessaire face à des sujets complexes et dont les paramètres sont multiples, d’autres insistent sur l’importance d’avoir dans ces conditions une vraie préparation à la citoyenneté bien avant le secondaire II, d’autres encore plaident pour un droit de vote sur des sujets qui les concernent directement, en vue d’une immersion progressive. Bref, le sujet mérite débat selon eux.

A la question de savoir quel est leur regard sur la démocratie directe propre à la Suisse, un étudiant répond du tac au tac: «C’est un système complexe auquel il faut s’intéresser pour le comprendre.» «Et pas uniquement au collège», ajoute une autre voix.

Nadia Revaz


 

Changer la Suisse: quelques thèmes retenus dans les six classes

Classe 1A: Réduire les emballages et interdire les sacs plastiques à usage unique dans les commerces

Classe 1B: Sensibilisation des adolescents à certains handicaps

Classe 1C: Egalité des salaires entre hommes et femmes

Classe 1D: Changer la manière d’enseigner les langues – surtout l’allemand

Classe 1E: Possibilité d’enregistrer des cours en cas d’absence pour cause de maladie par exemple

Classe 1F: Changer le système scolaire – système suédois

 


 

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