Liste des numéros enrichis

disponible sur app store   archives PDF 1854-20XX 

disponible sur google play vente en ligne au numéro

Pin It

 

Florence Lecerf Lhomme

Florence Lecerf-Lhomme, professeure agrégée de lettres qui enseigne depuis plus de vingt ans, actuellement en collège et en lycée en Ariège, vise à montrer dans son dernier livre qu’enseigner à distance implique d’inventer un nouvel espace relationnel.

 

L Florence Lecerf Lhomme

J’avais la crainte de la passivité en classe virtuelle.

 

Qu’est-ce qui vous a incitée à écrire à propos de l’espace relationnel virtuel ?

C’est parti du sujet de mon premier livre visant à offrir des clés pour se construire au travers de la relation pédagogique et d’une discussion avec mon éditeur. Je lui ai raconté comment j’avais cherché à créer du lien lorsque l’enseignement à distance a été imposé en mars 2020. Ayant travaillé pendant dix ans avec de jeunes décrocheurs, j’avais la crainte de la passivité en classe virtuelle. Malgré les limites du distanciel, j’ai découvert que ce mode d’enseignement facilitait paradoxalement la relation avec certains élèves, ce que je n’avais pas anticipé. C’est ainsi que j’ai jugé intéressante la thématique sous l’angle du lien, alors qu’elle est généralement abordée sur le plan de la technique et des outils.

 

L’interactivité a-t-elle été facile à créer ?

J’ai très vite observé que l’ordinateur faisait écran si on ne transposait pas son enseignement entre la classe réelle et virtuelle. Même si l’objectif officiel était de réviser, j’ai tenté de construire des projets en faisant preuve de liberté et de créativité dans le cadre de mes cours de français, de façon à maintenir la motivation de mes élèves pour qu’ils travaillent ensemble.

 

Parmi les projets que vous présentez, il y a notamment l’accueil d’un artiste en classe virtuelle, original parce qu’il s’inscrit dans la durée. Une approche hybride serait-elle idéale ?

L’accueil du rappeur et slameur D’de Kabal dans le cadre d’une séquence sur Louise Labé a été une expérience riche. Les élèves l’ont accueilli avec plaisir à plusieurs reprises, même si évidemment cela ne remplace pas une rencontre en chair et en os. L’amorce distancielle crée une frustration, aussi lorsqu’il a présenté son spectacle à l’Estive, j’ai été ravie de voir quelques-uns de mes anciens élèves y participer avec leurs parents. Cette année, j’ai renouvelé l’expérience avec une autrice de théâtre de jeunesse qui ne pouvait pas se déplacer depuis Paris.

 

Votre livre relate vos tâtonnements pour passer du présentiel au virtuel. Cela montre-t-il aussi que vous cherchiez votre rôle ?

J’ai l’impression que le tâtonnement est le propre du métier de l’enseignant, mais il est vrai qu’en classe virtuelle les rôles ne sont pas les mêmes. Confronté à des outils que je ne maîtrisais pas bien, un jeune m’a par exemple spontanément envoyé un tutoriel pour m’aider. M’être montrée dans une situation d’inconfort, ce n’était pas si grave, au contraire. En tant qu’enseignants, nous participons à la construction des élèves, mais l’inverse est aussi vrai.

 

A distance, comment évaluer ?

Vouloir enseigner et évaluer à distance comme en classe me semble inapproprié. Il s’agit de ne pas oublier que le virtuel accentue certaines inégalités. A distance, tous les élèves ont besoin d’une évaluation formative adaptée et de défis intellectuels à relever.

 

Le distanciel a-t-il nourri votre enseignement en présentiel ?

Oui, car en classe je n’aurais pas eu l’idée de faire une fiction sonore avec mes élèves et j’ai aussi expérimenté le mur collaboratif. Dans mon enseignement en présentiel, je souhaite intégrer certains atouts du distanciel.

 

Propos recueillis par Nadia Revaz

 

 

pdf Lien vers le pdf de ll'article

Aller au haut