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Béatrice Rogéré Pignolet est responsable pour les domaines histoire, géographie, connaissance de l'environnement, formation générale (en lien avec le Plan d’études romand) et développement durable à la Conférence intercantonale de l’instruction publique de la Suisse romande et du Tessin (CIIP). Elle est en charge pour le domaine des SHS (sciences humaines et sociales) de la gestion et du suivi des moyens d’enseignement pour les cycles 1, 2 et 3, pilote les travaux des enseignants-rédacteurs, joue le rôle d’intermédiaire avec les experts scientifiques, et d’interlocutrice avec les graphistes et les responsables des économats des cantons réalisateurs, etc. Béatrice Rogéré Pignolet donne aussi des cours à l’Université de Fribourg et à la Haute Ecole pédagogique du Valais. Avant cela, elle était notamment enseignante d’histoire au CO de Martigny et avait repris, des mains de JeanPhilippe Lonfat, actuel directeur de l’Ecole de culture et de commerce de Martigny, la coordination du projet des Séquences valaisannes d’histoire parues il y a plusieurs années et qui sont disponibles à la Centrale cantonale des moyens d’enseignement.

Béatrice Rogéré Pignolet, comment évaluez-vous la situation de l’enseignement de l’histoire suisse à l’école aujourd’hui?
L’histoire suisse est une dimension insuffisamment prise en compte actuellement, essentiellement faute de moyens d’enseignement adaptés, puisqu’ils sont en préparation. Il y a bien sûr des ouvrages qui dépoussièrent l’histoire suisse, dont Tell Me de Dominique Dirlewanger, et à partir desquels les enseignants peuvent déjà travailler. Dans certains cantons, dont le Valais, il y a aussi des séquences sur l’histoire régionale qui ont été réalisées, mais les thématiques abordées restent très éparses. Par ailleurs, ces séquences ne sont généralement pas perçues comme faisant partie du programme, alors qu’elles peuvent être une ressource à explorer sous forme de zoom. De manière plus globale, le principal souci dans le domaine des SHS, c’est la dotation horaire.

Et pourtant l’enseignement de l’histoire joue un rôle central dans la construction du citoyen…
C’est un élément essentiel à la culture générale, à la citoyenneté, au développement de l’esprit critique… Et je dirais que c’est encore plus évident avec les compétences multiples visées par le Plan d’études romand. 

Où en est-on avec les moyens d’enseignement pour l’histoire?
Comme le dit Olivier Maradan, secrétaire général de la CIIP, il a fallu dix ans pour réaliser le Plan d’études romand et il en faudra encore dix pour que des moyens d’enseignement adaptés couvrent tous les domaines et tous les degrés. Le chantier est bien avancé pour le cycle I, avec un classeur qui est déjà sorti, mais il faudra attendre 2017-2018 pour que la collection soit complète.

Qu’est-ce qui change avec ces nouveaux moyens?
Conçus à partir du PER, ils favorisent la démarche d’enquête et permettent une entrée chronologique ou thématique. L’histoire événementielle sera davantage au service de la compréhension de l’homme dans son rapport au passé. Au cycle 3, la dimension histoire et mémoire plurielle permettra par exemple un travail autour de la confrontation des témoignages. L’objectif est de faire comprendre aux élèves que l’histoire se construit et que ce n’est pas un récit linéaire.

Les récits multimédias sont essentiels à cette approche…
Absolument et la nomination de Jacques Déboeuf, qui vient d’être engagé pour assurer le lien entre la CIIP et les archives de la RTS, est précieuse pour faciliter la recherche de documentaires ou de fictions sur le site du Plan d’études romand et proposer des apports pédagogiques. Idéalement, il faudrait également aller vers des moyens d’enseignement interactifs, mais il y a encore du chemin à parcourir.

Et quelle sera la place de l’histoire suisse dans ces nouveaux moyens?
Lorsque cela est possible, il y aura des exemples pris dans l’histoire suisse. Par contre, l’histoire spécifiquement cantonale est du ressort des cantons. En Valais, c’est l’équipe de l’animation pédagogique qui est en charge de cette tâche.

Pensez-vous que le niveau de connaissances des élèves en matière d’histoire suisse sera ainsi amélioré?
Leur questionnement assurément. Les premiers retours montrent que les élèves sont intéressés par cette manière d’aborder l’histoire en général et l’histoire suisse en particulier. Il nous faudra éviter l’aspect répétitif de la démarche et veiller à varier les entrées. Les exemples pris de l’histoire suisse seront mieux identifiés, ce qui devrait contribuer à en améliorer la sensibilisation et la perception. Le passage de l’échelle suisse à celle du monde ou l’inverse devrait être facilité. Les élèves ne se demanderont plus pourquoi ils doivent apprendre la Révolution française, parce que les liens avec l’histoire du pays où ils vivent seront plus clairs.

Quels sont les défis pour un meilleur enseignement de l’histoire en général et de l’histoire suisse en particulier?
Le plus grand défi consistera à rassurer les enseignants généralistes qui ne sont pas historiens sur la faisabilité de la mise en oeuvre du PER. Cela impliquera de la formation et pas seulement de l’information. Cela nécessitera en outre un accompagnement pour l’appropriation des nouveaux moyens qui sont ambitieux, car ils placent les élèves dans une posture d’historien et visent à développer un regard critique.

 

Propos recueillis par Nadia Revaz

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