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Retour sur le numéro de juin

Les arts visuels s’exposent au Lycée-Collège de la Planta

Eva Wernimont et Guido Berclaz, professeurs du Lycée-Collège de la Planta (LCP) à Sion, ont donné carte blanche à leurs étudiants, au terme de leur option spécifique arts visuels, tout en les guidant lorsqu’ils se trouvaient dans des impasses. Vous pouvez découvrir leurs réalisations, exposées dans le bâtiment du LCP, pendant les horaires scolaires d’ici le 18 juin.    Nous vous proposons ici quelques photos de leurs travaux et de leur dossier personnel (sorte de journal de bord relatant le cheminement de leur projet), accompagnés d’un bref commentaire rédigé après une rencontre avec les collégiens-artistes. En espérant que cette approche pointilliste vous permette d’entrevoir la diversité et la profondeur des univers artistiques de ces jeunes. Même si seuls quelques-uns s’orienteront vers une formation liée au domaine artistique, tous ont eu du plaisir à pouvoir s’exprimer librement au terme de leurs années d’option spécifique en arts visuels au collège. Ils ont ainsi expérimenté la nécessité de se fixer des contraintes pour explorer leur créativité.

pdf Article paru dans Résonances - juin 2018

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MIXED-MEDIA

1. Jeanne CORDY «Le Cupide tue la poule aux œufs d’or»

1 LCP Jeanne a 2  1 LCP Jeanne b 2

Pour résumer le message de son travail, Jeanne a choisi une citation tirée d’une des fables d’Esope, incitant dès le départ le spectateur à se questionner. Via sa démarche artistique contenant un clin d’œil à la Vénus de Willendorf et sa représentation de la Terre-mère, elle invite à une réflexion pour sensibiliser aux questions liées à l’environnement. La toile est découpée en cinq peintures à l’huile de formats différents, pour faciliter le séchage et le transport. Jeanne, perfectionniste, aurait aimé avoir le temps de refaire la vague de déchets, composée de journaux et de têtes de poupées. Les coquelicots, qui poussent même sur les champs de bataille, soulignent que tout espoir pour la planète n’est pas perdu. 

 

2. Antonin MAUDRY «L’enfant seul, … brocken dreams»

2 LCP Antonin a 2 2 LCP Antonin b 2

Antonin propose, de manière puissante, une démarche artistique sur les sentiments, en se référant notamment au street art, à Jean-Michel Basquiat ou à Keith Haring. Ce «Why», écrit sur l’une des toiles, interpelle violemment. Le travail d’Antonin, qui associe cri de matières et de couleurs, est brutal, tout en intégrant une dimension enfantine. Le spectateur est happé dans ce questionnement intérieur.

 


PIXEL-ART

3. Corentin GASPOZ « Au clair de lune »

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Corentin a carrément réalisé un jeu vidéo, ce qui lui permettait d’interagir avec le spectateur. L’histoire commence dans la forêt avec un lapin. Le personnage principal doit aller chercher un médicament pour sa sœur qui est malade. Le début du jeu s’apparente à une exploration tandis que la deuxième partie intègre une dimension plus sombre liée à l’industrialisation. Le lapin ne comprend pas trop pourquoi les arbres se font dévorer par les machines. Corentin, en véritable passionné, avoue avoir passé des heures et des heures pour pouvoir présenter son jeu vidéo et on n’en doute pas, car on imagine sans difficulté combien le travail de programmation pour cette réalisation artistique a été conséquent.

 


PHOTOGRAPHIE

4. Sarah DENYSET «Portrait d’Aurélien»

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Sarah propose un travail autour de la photographie, avec divers essais en labo photo. Pour cette série de portraits, dans un décor épuré, elle était heureuse d’avoir du temps pour évoluer d’une idée à l’autre, en se laissant guider par ce qu’elle faisait, tout en intégrant aussi l’influence de peintres flamands à sa démarche. L’assemblage, jouant sur la mise en abyme au niveau des cadrages et avec le regard du modèle sur lui-même et ses photos, interroge aussi le spectateur sur sa manière de se plonger dans cette série. Certains panneaux, trop grands, n’ont pas pu être exposés, aussi la découverte de la série est ici fragmentée.

 

5. Maeva MASSEREY «Tribu Humanité»

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Maeva présente, sous forme d’arbre généalogique, l’évolution de l’être humain, dont la part de l’animal diminue dans la dernière branche au profit du robot. En voyant ces étapes évolutives, le spectateur est ainsi invité à se questionner sur le futur de sa tribu. Maeva, se référant au digital painting auquel elle explique s’être formée en autodidacte, a évidemment largement utilisé la tablette graphique, aussi même son dossier personnel est une impression papier de la vidéo permettant de découvrir une partie de son travail.

 


DIGITAL ART

6. Gaétan SARAIVA «Accusé de réflexion»

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«Endormis par l’système, leurs paroles sont tes chaînes - Accusé d’réflexion, car je pense, donc je les gêne!» Ce fragment de texte du rappeur Davodka est intégré au travail de Gaétan. Autant dire que le ton est donné, et sa démarche, mêlant street art, satire et musique, logiquement engagée. Il éclaire le texte du rappeur avec quatre illustrations retravaillées sur Photoshop pour pouvoir ensuite les découper et en faire des pochoirs. Le fait que les toiles soient placées au sol, sur une structure métallique grise avec un tuyau d’aération au milieu, intègre la dimension urbaine. Gaétan propose au spectateur une critique visuelle forte pour dénoncer le manque de liberté de chacun dans une société de censure et de contrôle.

 

7. Océanne OLA «Accoeil»

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Océanne a créé un double «dispositif de voyeurisme», placé sur un socle, permettant de voir et de se voir. Avec le premier dispositif, le spectateur peut voir au fond de la boîte un œil avec une touche de couleur et avec le deuxième, qui intègre un miroir, il découvre son œil au centre d’un autre, ce qui crée un effet de surprise, car la personne qui regarde est regardée. Une démarche qui invite à se plonger dans l’infini, en imaginant le regard au loin. Océanne confie que c’est sa maman qui l’a aidée à trouver le titre de son travail, en mixant dans un mot valise «accueil» et «œil».

 


INSTALLATION

8. Adélaïde MICHAUX «En 1 tour de main»

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Afin de découvrir les cinq points de vue différents sur une même main, le spectateur peut tourner autour de l’installation d’Adélaïde ou la faire tourner. Via son travail, la main peut donc être fixe ou en mouvement. Les peintures donnent l’illusion du relief, avec la force du clair-obscur et les contrastes de l’ombre et de la lumière. Certaines parties de la main sont carrément plongées dans le noir, étant simplement suggérées. C’est alors au spectateur d’œuvrer. Adélaïde est heureuse du bagage acquis en arts visuels et elle espère s’en inspirer professionnellement, souhaitant devenir enseignante dans les premiers cycles de la scolarité.

 

9. Joséphine MONNET «Seinbiose»

9 LCP Josephine a 2 9 LCP Josephine b 2

Joséphine voulait un projet en lien avec «l’art pauvre». Tout dans son travail, intitulé avec une touche d’humour «Seinbiose», est donc réalisé à la main avec des objets de récupération transformés (peints, découpés, etc.), même les toiles. Joséphine a représenté plusieurs bustes féminins et ces différentes poitrines, alignées sur un rail, se lisent du réalisme à l’abstraction, ou de la complexité à la simplicité, voire à l’épurement. Joséphine parle de «dématérialiser» pour expliquer le sens de sa démarche, allant vers l’essentiel, comme dans une symbiose.

 

10. Margot ROY «Goutte d’osmose»

10 LCP Margot a 2 10 LCP Margot b 2

Margot, via son installation, simple et néanmoins complexe, vise à s’inspirer du minimalisme. Tout a commencé avec des esquisses à l’encre de Chine que l’on retrouve à l’intérieur/extérieur de la structure et avec la recherche d’un support jouant avec le côté translucide des dessins. La trajectoire de ce projet est avant tout une rencontre avec le hasard et la spontanéité. Le regard du spectateur est attiré, aussi à l’intérieur, en raison des vitres brisées, par les effets de transparence et de perspective. Au cœur de cette installation, une goutte d’eau qui coule. Margot explique vouloir inviter le spectateur à inspirer un peu de poésie et à expirer ses impressions.

 

11. Anaïs BOCHATAY «4 m3»

11 LCP Anais a 2 11 LCP Anais b 2

Si le travail d’Anaïs s’intitule 4m3, c’est parce qu’il fait 4m3, donc un volume imposant autour duquel il s’agit de tourner pour visualiser l’ensemble des points de vue. Elle s’est intéressée au corps humain, en le fragmentant (faut-il y voir un lien avec le fait qu’elle rêve de devenir médecin?). Les plâtres blancs des différentes parties du corps sont fixés sur des tiges grises plantés dans du bois. Les sphères noires, fruit d’une technique qu’Anaïs avait découverte en cours d’AC&M pour faire des boules de Noël alors qu’elle était enfant et qui font ici penser à des planètes, contribuent à attirer le regard dans ce jeu créé entre réalisme et abstraction. Son objectif est d’intégrer le spectateur comme Wolf Vostell avec son installation intitulée «Dépression endogène».

 

12. Loïc ZELTNER «L’artiste»

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Loïc, qui se verrait bien plus tard «ar(t)chitecte», a profité de cette carte blanche pour aller vers un projet aux dimensions imposantes, en créant un dialogue entre trois panneaux qui se lisent comme des cases de BD et conduisent vers la complexité, avec un langage symbolique, et une sculpture (le cristal rouge ou l’artiste). Il se réfère à la réflexion sur l’identité de l’artiste qu’avait mené Marcel Duchamp. Loïc, dans son questionnement, pense que l’artiste, en devenir, doit d’abord comprendre son environnement, avant de l’interpréter et de le recréer. Son travail, ancrant la pensée créatrice dans la société, mêle plusieurs sources d’inspiration, picturales, sculpturales et architecturales, dont Piet Mondrian, Monika Grzymala ou Frank O. Gehry.

 

13. Michaël MOOSER «Dear animals»

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Face au siège de voiture recouvert de laine donnée par un paysan, le spectateur observe la violence faite à l’animal, à travers un regard artistique qui se réfère notamment au sculpteur chinois Cao Hui. En évoquant la destinée de ces chers animaux, les moutons à nez noir si caractéristiques du Haut-Valais, Michaël lance une réflexion artistique sur la valeur marchande et la souffrance de l’animal, en nous renvoyant indirectement à nos propres entrailles. Un dialogue entre le spectateur et l’animal s’instaure.

 

14. Mathilde EGGEL «Fragilité»

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Mathilde a exploré le rapport de fragilité et d’identité dans son travail, en se référant notamment au street art et à Ernest Pignon-Ernest. Au centre de sa métaphore artistique, on découvre une explosion, associant puissance et fragilité. Pour décoder son message il faut s’intéresser à l’ensemble de l’installation, mais aussi aux détails qui se cachent dans les boîtes, par exemple les miroirs éclatés illustrant l’identité qui se brise en raison de la pression sociale représentée par le vernis ou les visages en papier chiffonné. «Comment se construit une identité forte et fragile à la fois?», semble être la question posée par Mathilde.

 

15. Baptiste DE MARCHI «Alchimie élémentaire» ou «Il faut traiter la nature par le cylindre, la sphère et le cône» Cézanne

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Souhaitant représenter les éléments via des objets tridimensionnels, Baptiste a d’abord cherché à inventer une symbolique personnelle, puis a perçu la difficulté de créer un langage avec des références culturelles aisément compréhensibles par tous. Il a alors choisi de représenter les quatre éléments en jouant davantage avec l’alchimie des éléments et les références déjà associées pour évoquer leurs caractéristiques intrinsèques (carré vert pour la Terre, cercle bleu pour l’Eau, triangle rouge pour le Feu et drapeau flottant pour évoquer l’invisibilité de l’Air). Dans le titre, la référence à Cézanne renvoie à ce besoin humain des formes pour exprimer le monde extérieur.

 

16. Eloïse RONG «L’envers du décor»

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«Est-ce l’envers du décor ou l’envers du/des corps?», peut d’emblée se demander le spectateur s’il s’intègre dans l’installation en s’asseyant sur la chaise. La silhouette derrière le cadre, suffisamment impersonnelle, peut correspondre à chacun et les yeux que l’on retrouve sur la chaise colorée font référence au regard critique de la société et à la pression des normes. Le travail d’Eloïse, en faisant écho au concept de performance de l’artiste serbe Marina Abramović, renvoie au face à face avec soi-même et avec les autres, dans une sensation de vulnérabilité.

 

17. Fiona ZAEHRINGER «Cultivons notre jardin»

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Dès le titre, référence évidente à la conclusion de Voltaire dans son conte philosophique «Candide ou l’Optimisme» (il faut cultiver notre jardin), on comprend qu’il est autant question de jardin extérieur que de jardin intérieur. Dans le travail de Fiona, les deux bustes, représentant des déesses, même si reliés par un pont et de la végétation au-dessus, s’opposent entre douceur et force, avec d’un côté des fruits et des fleurs et de l’autre un cactus et de l’aloe vera. L’humain et le végétal se fondent en un seul élément et son installation interroge le spectateur sur son rapport aux autres et à la nature.

 


 

Ces commentaires sont une invitation à y ajouter votre interprétation, après avoir découvert cette riche exposition…
Et encore bravo aux collégiens et à leurs enseignants.

Nadia Revaz

 

Article en lien avec la précédente exposition des arts visuels en 2017

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