Regards de deux élèves de l’ECG de Sion sur le rire à l’école

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Filipe Gomes Ferreira, en 3e année d’ECG, et Noémie Rathgeb, en 2e année d’ECG, tous deux élèves à l’Ecole de commerce, de culture générale et préprofessionnelle (ECCG-EPP) de Sion, ont accepté de dialoguer autour du rire à l’école. Ambiance souriante dès les premiers instants de discussion. A noter que si cette entrevue leur a été proposée, c’est assurément parce qu’ils incarnent le sourire et la bonne humeur dans leur classe respective.

Filipe Noemie

Noémie Rathgeb et Filipe Gomes Ferreira incarnent à merveille le sourire.

Diriez-vous que le rire est suffisamment présent à l’école?

Noémie: Non, le rire n’a clairement pas assez de place à l’école, alors que les moments cool n’empêchent pas d’apprendre, au contraire.

Filipe: A l’école obligatoire, on nous a tellement dit qu’on n’était pas en classe pour rire, mais pour travailler, partant à tort de l’idée que les deux s’opposent. A l’ECG, la relation avec les profs est un peu différente, aussi certains enseignants nous laissent un petit espace pour rigoler et même rire avec nous, ce qui nous aide à retenir les cours. Reste qu’à mes yeux l’école est vraiment trop sérieuse dans son ensemble.

Serait-ce donc un a priori que de supposer que le rire diminue en avançant dans la scolarité?

Noémie: Pendant les toutes premières années d’école, on est en permanence dans le divertissement et dans le jeu. Ensuite, le seul moyen de donner un peu de légèreté aux cours, c’est le rire et le contact social avec les autres. C’est pourquoi tout se complique si on nous bloque ces rares moments de détente.

Filipe: Je suis d’accord, mais au-delà du constat général, la part de rire dépend surtout des profs. Il y a fort heureusement des exceptions.

Selon vous, pourquoi le rire spontané est-il étouffé par certains enseignants?

Filipe: Ces profs n’ont peut-être pas mesuré que les élèves retiennent mieux les cours s’ils les rendent en partie plus amusants, avec une part ludique, entrant ainsi un peu dans le jeu des élèves. Pour exemple, j’aime beaucoup les enseignants qui utilisent au début des cours Kahoot!, une application qui permet de faire des QCM interactifs auxquels on répond depuis notre téléphone. C’est une manière efficace d’entrer dans le sérieux de la matière.

Noémie: Même dans le ludique, on est presque toujours dans le scolaire. En même temps, je comprends que si l’ambiance de classe n’est pas propice à un minimum de second degré, cela peut vite être compliqué à gérer.

Noemie

«Les moments cool n’empêchent pas d’apprendre, au contraire.» Noémie Rathgeb 

Concevez-vous que des enseignants craignent le rire blessant?

Noémie: Absolument, toutefois je crois qu’il y a quelque chose à changer dans la relation entre les élèves et les profs. Si tous les enseignants parvenaient à nous considérer pleinement comme des individus, en nous faisant confiance, ils n’auraient pas peur d’une blague au milieu d’un cours. Si l’ambiance est solidaire, la classe régule les choses lorsque cela va trop loin et vient ainsi en aide à l’enseignant.

Filipe: Dans ma classe, nous avons la chance de ne pas avoir de clans. Nous sommes soudés, aussi le rire n’est pas difficile à gérer. Si un élève voulait faire la misère à un prof ou à un autre élève, les autres l’en empêcheraient.

Noémie: Plutôt que de rire de l’autre, on peut faire découvrir à ces élèves-là qu’on peut rire avec l’autre. A l’école, le rire doit englober, en veillant à ne jamais exclure. Trouver le bon ton, c’est une question d’éducation, de valeur et de respect de l’autre et cela doit s’apprendre à l’école, dès les petits degrés, et également à la maison, pour prendre conscience des dégâts que l’on peut causer si l’on rit des autres et des joies de pouvoir rire avec les autres.

Filipe: En même temps, chacun doit développer son sens de l’autodérision. Il est important de savoir rire de soi, que l’on soit élève ou prof. Les médiateurs pourraient peut-être passer ce message dans chaque classe.

Que faites-vous pour amener votre touche personnelle de légèreté?

Filipe: J’ai mon rituel du matin. En croisant les profs, je leur dis bonjour avec un large sourire, en me disant que, comme tout le monde, ils ont besoin de cela pour passer une bonne journée. Et je l’ai fait même en étant masqué, car le sourire se voit à travers le regard.

Noémie: Si l’élève est heureux, le prof aussi et vice-versa. C’est un échange à deux et une relation 50-50. Pour moi, il n’y a pas de barrière ni de différence entre nous, même si le prof est là pour enseigner et moi pour apprendre.

Avez-vous un souvenir de rire en contexte scolaire qui vous vient spontanément à l’esprit?

Filipe: Je retiens des flashs, mais pas de longue séquence où le rire était présent.

Noémie: Je me vois au CO en cours avec un prof passionnant qui osait se déguiser pendant les cours d’histoire.

Filipe: Trop bien, j’aurais adoré. Si le cours est animé, apprendre devient tellement plus facile.

Filipe

«Il est important de savoir rire de soi, que l’on soit élève ou prof.» Filipe Gomes Ferreira 

Le risque n’est-il point d’en faire trop et de tomber dans la caricature?

Noémie: Ce prof, Jacques Héritier, sait doser. Il ne s’agit pas de rire aux éclats tout le temps et l’enseignant doit être cohérent avec son style d’enseignement et avec la classe.

Filipe: Il faut en effet que les profs enseignent en étant en accord avec leur personnalité. Certains ne sont pas drôles et ce n’est pas grave, sachant qu’on peut être un bon prof en ayant d’autres atouts.

Même dans les couloirs de l’école, les sourires ne sont-ils pas trop discrets?

Noémie: J’ai fait une année de collège et j’ai pu constater qu’on y riait davantage, probablement parce qu’il y a une cohésion. A l’ECCG, nous côtoyons des élèves qui sont en école de commerce et à l’EPP, aussi l’unité liée à l’établissement est plus difficile à créer. En plus, au collège, il y avait de nombreuses occasions de rencontres et de sorties qui réunissaient les élèves au-delà des degrés. Après, je compare avec une organisation qui a été bousculée par le Covid-19, donc ici c’était peut-être plus souriant avant.

Filipe: En cette période pas très joyeuse, je trouve que l’on devrait d’autant plus chercher des offres culturelles plutôt légères et comiques, ce qui créerait certainement du lien entre les élèves et avec les profs. Pour nous accrocher, il faut que ce soit un vrai divertissement.

Noémie: La culture, c’est la vie et la vie, c’est aussi le rire. Comme la culture générale est souvent souriante, il n’y a pas de raison pour qu’elle ne le soit pas à l’école.

Dans le monde du travail, des coachs bonheur interviennent dans toujours plus d’entreprises pour remettre de la joie au sein des équipes. Qu’est-ce que cela évoque pour vous?

Noémie: De telles initiatives me semblent superficielles, puisque le rire est une émotion naturelle qui a uniquement besoin d’un espace pour se glisser et s’exprimer. Je n’arrive pas à imaginer qu’il existe une science du bonheur et du rire.

Filipe: J’ai l’impression que si l’on visait tout simplement moins la réussite à l’école et dans le monde professionnel, nous serions plus heureux.

Souvent les élèves disent que l’ambiance serait plus idéale s’il y avait des branches à option. Partagez-vous ce point de vue ou ajouteriez-vous quelque chose au programme qui vous donnerait le sourire?

Noémie: J’introduirais un cours centré sur l’actualité afin de mieux comprendre le monde qui nous entoure, ce qui contribuerait à trouver la distance nécessaire pour garder le sourire. En organisant des débats, on ajouterait à la fois du sérieux et de la légèreté. Les occasions de rire sont en fait partout.

Filipe: J’ai fait une année d’EPP et j’ai pu découvrir que certaines manières d’enseigner plus proches des élèves étaient intéressantes et mériteraient d’être reprises à l’école obligatoire et en ECG. Le plaisir d’apprendre est relié au rire.

Propos recueillis par Nadia Revaz

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