Les jeunes et la nature: 4 podcasts réalisés en option philo au LCC

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Dans le cadre d’un projet mené par la Fondation pour le développement durable des régions de montagne (FDDM), les étudiants de la classe de 5e année d’Olivier Moser, professeur au Lycée-Collège des Creusets à Sion, ont réfléchi de mars à mai 2021 au rapport entre les jeunes et la nature en période de Covid-19. 

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Dans le cadre d’un projet mené par la Fondation pour le développement durable des régions de montagne (FDDM), les étudiants de la classe de 5e année d’Olivier Moser, professeur au Lycée-Collège des Creusets à Sion, ont réfléchi de mars à mai 2021 au rapport entre les jeunes et la nature en période de Covid-19. En option complémentaire de philosophie, cette démarche, faisant partie du projet Into the nature, s’est déclinée en 4 podcasts conçus et réalisés par les collégiens à l’intention de leurs pairs. L’identité visuelle est aussi leur production. Lors de notre rencontre avec Adeline Glassey et Romain Fournier, ces derniers avaient déjà leur maturité gymnasiale en poche, ce qui n’a nullement modéré leur enthousiasme pour ce projet philosophique et créatif auquel ils ont participé.

Avec le projet Into the nature, le programme international SMArt (Sustainable Mountain Art), conduit en Valais par la FDDM, contient un volet pour les jeunes de 15 à 20 ans. L’objectif de ce dernier est de permettre à des élèves du secondaire II de créer des outils de communication pour sensibiliser leurs pairs à la valeur de la nature pour les êtres humains, tant au niveau de la santé physique que psychique. Le Covid a donné involontairement une actualité toute particulière à cette initiative. Pour Eric Nanchen, directeur de la FDDM, le développement durable, qui questionne notre relation à la nature et peut changer notre regard, étape nécessaire à la mise en action, passe par l’imaginaire et la philosophie.

Le résultat, évoquant divers philosophes dont Emmanuel Levinas, Blaise Pascal, Nietzche ou Cynthia Fleury, mérite l’écoute. Chaque podcast, qui dure entre 4 et 10 minutes, s’articule autour d’un contenu et d’un format d’expression: le contact (interviews), la solitude (expérience artistique), le sauvage (dialogue socratique) et la santé (angle académique). A écouter et à partager, au-delà du public cible.

 

INTERVIEW

Olivier Moser, professeur de philosophie au LCC

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«Certains étudiants, même parmi les moins motivés au départ, se sont vraiment pris au jeu.» Olivier Moser

Quel était l’objectif défini par la FDDM?

Il s’agissait d’utiliser un média pour que des jeunes en sensibilisent d’autres à l’importance pour les humains de se connecter avec la nature. C’est ensuite le groupe-classe qui a choisi son projet et l’a développé. J’ai accompagné les étudiants, tout en jouant un rôle en retrait.

Qu’est-ce qui a guidé le choix du format audio?

A l’origine, les étudiants pensaient faire une vidéo, cependant très vite ils ont basculé vers l’audio pour favoriser une forme d’intimité dans l’écoute et aussi parce que c’était techniquement moins complexe à gérer.

Comment s’est déroulée la collaboration avec la FDDM?

Yaëlle Linder (n.d.l.r.: désormais coordinatrice cantonale du Réseau d’écoles en santé et durables) est intervenue au début et à la fin du projet en classe, mais j’avais avec elle un échange hebdomadaire, ce qui me permettait de verbaliser l’avancement du travail des élèves.

L’adhésion au projet a-t-elle été immédiate et générale?

Non, car pour plusieurs l’idée de devoir faire preuve de créativité a été déstabilisante. Le passage entre les cours scolaires et académiques et l’entrée dans la démarche de la FDDM a été brutal, parce que tout d’un coup ils devaient mener un projet de A à Z à partir de rien, avec un délai à respecter. Certains étudiants, même parmi les moins motivés au départ, se sont vraiment pris au jeu.

Les collégiens ont-ils perçu les cours de philo autrement via cette approche?

En commençant par mener une réflexion collective sur les thématiques, cela leur a permis de voir qu’ils pouvaient, en les transposant, reprendre certains éléments abordés en cours. A partir de leurs connaissances, ils ont ensuite complété leur recherche en fonction de la thématique choisie, en faisant leur propre trajet dans les questionnements philosophiques. Ce travail de mise en lien et de synthèse pour construire le scénario du podcast a fait évoluer leur regard, en bousculant certains de leurs préjugés.

Ce projet était-il une manière d’oublier un peu les contraintes sanitaires?

Oui, d’autant que les occasions de se divertir en cette année scolaire étaient exceptionnelles. Le fait de pouvoir sortir de la classe, par exemple pour enregistrer le chant des oiseaux, a été très apprécié.

Ces podcasts ont-ils révélé certaines compétences de vos étudiants?

En les regardant travailler, j’ai vu le développement de leurs compétences en matière de créativité, d’autonomie, de collaboration et d’argumentation.

Ce travail a-t-il été évalué?

Comme c’était un projet qui sortait du commun, il fallait une évaluation un peu différente. J’ai mis une appréciation globale à chacun des podcasts et donc identique pour chacun des élèves du groupe, avec une note individualisée pour la défense orale basée sur l’autoévaluation. Chacun expliquait ce qu’il avait accompli au sein de l’équipe, en relevant le positif, mais aussi ce qui aurait pu être amélioré.

Et vous, quelles compétences avez-vous acquises via ce projet?

Même si je suis adepte du lâcher-prise et que j’avais pleine confiance en cette volée d’étudiants, il m’a fallu oser les laisser se responsabiliser entièrement. J’ai appris à guider, sans donner de pistes de solutions, ce qui est plus simple à dire qu’à faire pour un enseignant.

A vos yeux, quel est le principal atout de ces podcasts?

Pour sensibiliser les 15-20 ans à leur relation à la nature, je trouve idéal ce travail mené par d’autres jeunes. De plus, ces podcasts apportent un peu de lumière en cette période troublée. 

REGARDS CROISÉS

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Adeline Glassey et Romain Fournier, tous deux impliqués dans le podcast associant nature et solitude

«Nous avons dû faire preuve d’autonomie et développer notre tolérance à l’incertitude.» Adeline Glassey

«J’ai trouvé très stimulant de réaliser un podcast destiné à d’autres jeunes.» Romain Fournier

Comment avez-vous réagi à l’annonce du projet?

Romain: Même sans pouvoir imaginer le résultat final, j’ai tout de suite été motivé, sachant qu’il y aurait une partie sonore. J’adore la musique et j’ai imaginé qu’il y aurait des possibilités sur ce plan. Plus ça avançait, plus ça devenait concret et passionnant.

Adeline: M’estimant incapable de faire preuve de créativité, je ne voyais pas ce que je pourrais apporter dans cette aventure.

Pourquoi avoir choisi de vous intéresser à la thématique de la solitude?

Romain: C’était un thème que nous avions abordé en cours et dont l’impact semblait plus grand en période de pandémie.

Adeline: J’aurais eu de quoi parler à propos de tous les thèmes, mais celui-là m’interpellait plus, ayant déjà réfléchi au rôle bénéfique de la solitude.

Comment les rôles ont-ils été répartis au sein de votre groupe?

Adeline: Du fait que Cyril, élève du Lycée-Collège de la Planta faisant également partie de notre équipe, et Romain adorent la musique, ils avaient plein d’idées sur la forme et le montage, dès lors je me suis davantage concentrée sur les textes.

Romain: Avec Cyril nous avons créé les éléments musicaux de tous les podcasts et pendant ce temps Adeline écrivait.

Adeline: Ensemble, nous avions établi un chemin de pensée, en définissant le message que nous voulions faire passer. Ensuite, je l’ai mis en mots, en cherchant par ailleurs ce qu’écrivaient d’autres auteurs que ceux vus en cours, comme Henry Thoreau.

Avez-vous réalisé rapidement votre podcast?

Adeline: Nous avons avancé à un bon rythme, ayant travaillé plusieurs fois après les heures de cours avec plaisir. Il faut dire que nous étions tous les trois giga-motivés.

Romain: Tous les étudiants n’ont pas été aussi impliqués que nous, notamment parce qu’il y avait la préparation des examens de matu à gérer en parallèle.

Quelles compétences avez-vous acquises en menant ce projet?

Adeline: Nous avons dû faire preuve d’autonomie et développer notre tolérance à l’incertitude, en devant nous adapter à de nombreuses inconnues malgré le cadre défini par la FDDM. Par ailleurs, grâce à ce projet, nous avons eu une belle occasion de changer d’air, avec une autre dynamique d’apprentissage. A titre personnel, j’ai revu ma définition de la créativité, ayant compris que je pouvais l’être, même sans avoir une âme d’artiste.

Romain: Pour ma part, comme je commençais à produire de la musique via un logiciel, j’ai beaucoup progressé dans son utilisation. De base, je n’aimais pas vraiment l’idée d’écrire un texte pour le lire et m’écouter avant de le relire, mais grâce à cette expérience j’ai un peu appris à apprécier le travail que je fournissais, sans toujours me dire que ce n’est jamais assez bien. L’autoévaluation de la démarche et non du produit fini, sous la forme d’une défense orale, a été très enrichissante.

Votre regard sur la philo s’est-il modifié?

Romain: Grâce aux cours de philo nous ayant donné des bases théoriques et les outils pour apprendre à réfléchir par nous-mêmes, nous avons pu construire nos contenus.

Adeline: Ce projet nous a permis une mise en application pratique et complète autour d’une thématique.

Votre professeur vous est-il apparu sous un autre jour?

Adeline: Un peu tout de même, car en lui montrant notre maquette, il ne voulait pas trop faire de critiques pour ne pas nous entraîner dans une direction qui n’était pas la nôtre.

Romain: Je pense qu’il voulait se laisser surprendre par nos cheminements et ne pas nous influencer.

Le fait de devoir vous adresser en priorité à d’autres jeunes a-t-il été une libération ou un frein?

Romain: J’ai trouvé très stimulant de réaliser un podcast destiné à d’autres jeunes. En imaginant ceux de 15 ans qui nous écouteraient, cela nous a obligés à vulgariser notre propos.

Adeline: Nous voulions intégrer ces autres jeunes dans notre discussion sur la solitude et cet aspect nous a plutôt aidés à définir le ton de la confidence plutôt que de l’explication.

A propos du projet, auriez-vous un bémol à formuler?

Adeline: Avoir au moins un cours de diction pour mieux dire nos textes aurait été précieux.

Romain: C’est vrai qu’on a refait plusieurs fois nos lectures, sans forcément savoir comment poser notre voix, donc je partage l’idée.

Pour inciter les enseignants-lecteurs de Résonances à scanner le code QR, comment défendriez-vous votre projet?

Adeline: Les thématiques abordées peuvent permettre aux jeunes de se connecter ou de se reconnecter avec la nature dans une période parfois compliquée à vivre. Nos podcasts pourraient aussi être utilisés pour aider les étudiants à disserter ou à réfléchir en cours de philo sur la relation, la solitude, la santé ou encore la vraie ou fausse dimension sauvage de la nature. Dans un monde où l’on a tendance à trop catégoriser et à simplifier, en oubliant tous les espaces gris, la multiplicité des points de vue me paraît d’autant plus essentielle.

Romain: Tous les jeunes peuvent trouver à la fin de notre podcast des pistes pour se rapprocher de la nature. Et en classe, on peut lancer la réflexion et le débat sur ces thématiques, même sans faire des cours de philo, simplement pour éveiller la pensée.

Propos recueillis par Nadia Revaz

 

Pour écouter les podcasts : Podcasts

 

Suite du projet Into the nature

Ce projet, bénéficiant du soutien de la Direction du développement et de la coopération (DDC) sur le plan fédéral, du programme Etincelles de culture du Service de la culture du canton du Valais, et de la Fondation Valery. Il sera reconduit dans d’autres classes du secondaire II. Personne de contact: Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser.

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