Florentin Bonvin, un directeur d’école qui adore son job

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Les écoles primaires de Chalais, Chippis, Grône et Vercorin ainsi que le cycle d’orientation régional de Grône sont placés sous la direction de Florentin Bonvin depuis 2016. Son périmètre d’action s’étend ainsi de la plaine à la montagne et du primaire au CO.

Florentin Bonvin a d’abord enseigné à l’école primaire à Montana et à Chermignon, puis à Grône. Après sa formation d’enseignant, il a obtenu divers certificats au Conservatoire cantonal de musique de Sion. Pendant ses études musicales, il a également enseigné la musique au CO d’Ayent. Parmi ses multiples expériences de bénévolat, il a été chef de plusieurs chœurs de jeunes et de chœurs mixtes et, avec sa voix de ténor, il est choriste dans le cadre de l’ensemble vocal Sierrénade. Il s’est même, comme il le dit, «essayé à la direction de fanfare», cependant à un moment donné il a dû effectuer des choix entre ses centres d’intérêt. En 2007, il a été nommé responsable de centre à Grône, avec la responsabilité de la gestion administrative des classes enfantines et primaires puis en est devenu le directeur en 2012, avec l’ajout d’une responsabilité pédagogique.

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«Ma mission en tant que directeur est d’essayer de faire en sorte que les enseignants puissent se concentrer sur leur enseignement.» Florentin Bonvin

Votre choix de vous orienter dans l’enseignement a-t-il été précoce?

Je suis tombé amoureux de ma maîtresse d’école en 1re enfantine (ndlr: 1H). Depuis lors, j’ai toujours su que je voulais devenir enseignant. Au CO, je n’étais toutefois pas décidé entre l’enseignement primaire et secondaire, aussi j’ai opté pour l’Ecole normale, me disant que c’était une porte d’entrée dans le métier.

Comment vos premiers pas d’enseignant se sont-ils déroulés?

Pendant mes premières années d’enseignement, j’ai eu la chance de pouvoir intervenir dans quatre classes différentes, sans avoir de charge de titulariat et en étant confronté à plusieurs styles d’enseignement de la 1P à la 4P (ndlr: de la 3H à la 6H). Après cela, j’ai eu l’opportunité d’être engagé à l’école primaire de Grône, où j’ai enseigné jusqu’en 6P (ndlr: 8H), en étant alors titulaire, ce qui me paraissait moins compliqué à assumer du fait que j’avais acquis un peu d’expérience.

De quelle manière votre parcours parallèle, à savoir musical, est-il entré dans votre vie?

Là encore, tout a commencé dans mon enfance. Très tôt, j’ai baigné dans l’ambiance des chorales. Ensuite, à l’Ecole normale, où la musique avait une large place, j’ai pu acquérir des compétences dans les options musicales proposées, dont un cours d’accompagnement au piano et un autre de direction de chœur, ce qui m’a incité, après l’obtention de mon certificat pédagogique, à me former pendant dix ans au Conservatoire. Mon instrument, c’est le chant.

De chef de chœur à directeur d’école, le chemin a-t-il été relativement naturel?

Il y a en effet un certain parallélisme entre les deux. Comme à mon habitude, j’ai vécu cela dans la transition harmonieuse, puisque j’ai d’abord été responsable de l’école primaire à Grône avant d’en être le directeur. Lors du départ de Patrick Rudaz, ancien directeur du CO, j’ai postulé et j’ai été nommé par le Conseil d’administration de l’AEPCORG. Ma force était d’avoir enseigné au primaire et un peu aussi au CO, donc de connaître les variations au niveau de l’organisation, et d’être dans la direction.

Autre atout, avant d’occuper votre fauteuil de directeur de l’AEPCORG, vous aviez suivi les cours de la Fordif (Formation en direction d’institutions de formation)…

C’est exact. De plus, mon travail à la Fordif était relié à la mise en place d’une direction généralisée pour les écoles primaires et le CO dans le cadre de l’AEPCORG. J’ai ainsi été partie prenante du projet à toutes les étapes de création et de développement.

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«J’ai toujours su que je voulais devenir enseignant.» Florentin Bonvin

Avec quel état d’esprit envisagez-vous votre fonction actuelle?

En chef d’équipe d’un gros bateau, je suis entouré de directeurs adjoints pour le primaire et pour le CO et de responsables administratifs dans chacun des centres scolaires du primaire ainsi que d’un responsable Sport-Arts-Formation, car il s’agit de gérer un peu moins de 100 enseignants pour environ 1000 élèves. Dans mon rôle de metteur en lien, j’essaie d’apporter un peu d’harmonisation, tout en respectant les couleurs de chacun des centres scolaires.

Faisons le tour de leurs spécificités. Quelle est la teinte particulière de l’école primaire de Vercorin?

C’est la petite école familiale, avec seulement quatre classes à double degré. Ils ont l’horaire continu et donc une pause de midi très courte, aussi les élèves mangent sur place. Tous les enfants de Vercorin et de Briey sont scolarisés à Vercorin, toutefois quelques-uns viennent de la plaine et prennent le téléphérique à Chalais pour compléter les effectifs. A Vercorin, il y a pour partie une population active dans le tourisme, notamment du personnel français et assez peu d’allophones en comparaison avec d’autres stations de ski.

En quoi l’école primaire de Chippis se distingue-t-elle des autres?

Au niveau cantonal, Chippis est l’une des communes avec le plus de nationalités représentées. Avec une telle diversité culturelle, son école doit relever des défis pour intégrer au mieux ses élèves allophones.

Comment décrire l’école primaire de Chalais?

Avec 12 classes, c’est notre plus grande école primaire. Le village de Réchy s’est énormément développé au niveau des constructions, aussi il va falloir agrandir les locaux scolaires. C’est donc une école d’une certaine taille, située entre Réchy et Chalais, qui a déjà presque des problématiques de grande école.

Et l’école primaire de Grône?

Elle se situe sur le campus le plus important, partageant une partie des bâtiments du CO. Comme Grône est dans une perspective d’augmentation de ses effectifs, il y a le projet d’agrandir l’école primaire, ce qui permettra dans le même temps d’avoir plus de place pour les élèves du CO. Grône est aussi l’endroit où l’on a des infrastructures sportives, avec la piscine municipale, et culturelles, avec la salle de spectacles Recto-Verso, dont la riche programmation musicale et théâtrale profite aux classes de la région, en plus des autres offres artistiques que l’on saisit toujours avec enthousiasme.

Reste le CO de Grône qui est connu pour sa structure SAF…

Oui, mais pas seulement, le CO régional étant d’abord là pour accueillir les élèves du bassin versant, donc les élèves des communes de Chalais (qui regroupe les villages de Chalais, Réchy et Vercorin), Chippis et Grône, mais aussi de Granges sur la commune de Sierre et de Flanthey sur la commune de Lens. Le CO régional de Grône propose des mesures Sport-Arts-Formation. Au-delà d’un effectif d’élèves SAF représentant le 25% de l’effectif total, nous avons fait l’expérience que cela devenait contre-productif, sachant que le rythme de ces jeunes talents nécessite de nombreux aménagements organisationnels à tous les niveaux. Par ruissellement, la structure SAF du CO a permis de favoriser une culture du bien-être global bénéficiant à tous les élèves.

C’est-à-dire?

Nous avons par exemple une structure intéressante sur le temps de midi, qui permet aux élèves SAF et aux autres de n’avoir quasiment plus de devoirs à domicile. Lors de la pause, les jeunes qui le souhaitent mangent à la salle Recto-Verso des repas cuisinés sur place avec des produits frais et ont 2 fois 30 minutes d’études réparties dans plusieurs salles. Les élèves ont aussi la possibilité de quitter librement leur salle d’études surveillées pour aller poser des questions à deux enseignants à disposition dans des salles d’appui, l’un répondant aux questions plutôt littéraires et l’autre plutôt scientifiques.

N’avez-vous pas également développé un projet soutenu par Promotion santé Valais?

Absolument. Notre école fait partie du Réseau valaisan d’écoles21 et dans ce contexte nous avons un projet santé avec des actions de promotion. Nous avons mis sur pied un programme d’éducation à la vie sportive pour les sportifs de la structure SAF, avec une attention toute particulière relative à la santé, à la prévention et à la nutrition. Parmi les élèves SAF, très peu deviendront des sportifs professionnels, mais cette manière de concevoir le sport en ayant une conscience globale de leur santé les concerne tous. Les autres élèves du CO sont sensibilisés dans le cadre du projet «Bien dans sa tête, bien dans sa peau», avec des ateliers et des interventions pour les aider à avoir une meilleure image et estime d’eux-mêmes.

Une activité relie-t-elle tous les élèves du CO?

Un triathlon a lieu chaque année en mai, et tous les élèves doivent participer en équipe ou en individuel. Cette tradition de longue date, qui est certes un clin d’œil à une école sportive mais pas seulement, s’est hélas interrompue à cause de la crise sanitaire.

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Florentin Bonvin, un homme enthousiaste dans son bureau de Grône

A ce propos, que faites-vous pour la gérer au mieux?

Ma mission en tant que directeur est d’essayer de faire en sorte que les enseignants puissent se concentrer sur leur enseignement, de les aider et de les soutenir en étant impacté le moins possible par d’autres problèmes. Après, il va de soi que la vie scolaire des enseignants et des élèves a et est encore chamboulée en cette période si particulière.

Votre activité professionnelle est-elle difficile et complexe, même hors pandémie?

Assurément, mais j’adore mon job. Au début, mon inquiétude, en raison des soucis inhérents à toute activité associée à des responsabilités, des sollicitations urgentes et des prises de décision rapides, c’était de perdre le sommeil. Je crois qu’avoir expérimenté les divers degrés de l’enseignement puis franchi une à une les étapes de la direction m’a facilité la tâche.

A vos yeux, quels sont les principaux défis que l’école doit relever?

J’ai l’impression qu’il y a deux axes très différents mais pas incompatibles à prendre en compte. Il y a d’une part la numérisation, et l’arrivée du plan d’études romand révisé devrait simplifier les choses. Pour relever cet enjeu, il s’agit de ne pas négliger la formation des enseignants, ayant besoin, avant d’être formés à la didactique, de maîtriser les nouveaux outils numériques et leurs usages. L’autre défi que je perçois est celui d’ouvrir l’école à d’autres manières d’enseigner. Depuis plusieurs années, des classes de 1-2H de Grône font l’école en forêt. Un projet similaire est lancé à Vercorin. A Chalais, il y a une expérience menée autour de la permaculture. Chippis a aussi un petit jardin. D’un côté on va vers les nouvelles technologies et de l’autre on revient vers les valeurs de la terre et de la nature. L’école primaire a l’avantage d’offrir aux enseignants une grande liberté d’action pour enseigner le français et les mathématiques en forêt un jour et en version numérique le lendemain, tout en respectant le PER. Au CO, avec la séparation des branches et des cours de 45 ou de 90 minutes, il y a moins de souplesse, cependant ce n’est pas mission impossible.

Avez-vous un projet d’établissement en cours?

Avant la pandémie, nous avions commencé à réfléchir à la problématique du harcèlement entre élèves, peu visible mais présente. Ce projet a démarré par une séance d’information destinée à tous les enseignants de la 1H à la 11CO. Une formation est désormais proposée à une quarantaine d’enseignants intéressés et issus de tous les degrés et de tous les centres scolaires, autour d’une procédure adaptée de la «méthode de la préoccupation partagée». C’est l’une de nos médiatrices qui nous avait parlé de cette approche avec, enfin, des outils pratiques. Basile Perret, maître d’enseignement à la Haute Ecole de travail social et de la santé du canton de Vaud, est venu donner un premier module de formation. Quelques entretiens individuels ont déjà été menés à satisfaction. En raison des normes sanitaires, le suivi avec retour d’expériences a été reporté, mais il devrait avoir lieu prochainement.

Propos recueillis par Nadia Revaz

 Liens:

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