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Laurent Gaude etudiants

Après le débat, un moment de dialogue plus personnel avec l’auteur était prévu.

 

Laurent Gaudé, écrivain français ayant notamment obtenu le Prix Goncourt des lycéens pour La mort du roi Tsongor en 2002 et le Prix Goncourt pour Le Soleil des Scorta en 2004, a rencontré 400 étudiants de 3e, 4e et 5e années au Lycée-Collège de la Planta (LCP) à Sion. La veille, certains, dont quelques-uns venus librement, sans leur professeur, avaient participé à une discussion plus intimiste menée par la journaliste Manuella Maury au Château Mercier à Sierre, les deux institutions ayant organisé conjointement l’événement. Les jeunes ont été enthousiasmés par l’auteur et ses livres, même ceux qui ne sont pas de grands lecteurs. Une telle unanimité est suffisamment rare pour être soulignée.

Grâce à l’initiative de Romaine Crettenand, proviseure et professeure de français au LCP, des collégiens ont rencontré Alain Blottière en 2018, Amélie Nothomb en 2019, et cette année ils ont eu la chance de dialoguer avec Laurent Gaudé, un écrivain qui embarque le lecteur dans son univers mêlant tragédie et humanisme. D’abord auteur dramatique, il relit tous ses textes à voix haute et cela a certainement une influence sur la musicalité de son écriture. Ce qui caractérise son œuvre, c’est le côté multiple. Ainsi le roman Eldorado invite le lecteur sur le parcours d’une migration croisée (cf. encadré) tandis que Nous, l’Europe: banquet des peuples est un essai en vers libres qui traite de la construction de l’Europe et de ses évolutions (cf. encadré). L’auteur, tout en étant engagé, n’est jamais moralisateur. C’est entre autres ce qui a plu aux collégiens.

 

Le commentaire d’étudiants d’une classe

 

classe Romaine Crettenand

 

Tous ont eu du plaisir à lire puis à rencontrer Laurent Gaudé. Une étudiante a même déjà dévoré Le Soleil des Scorta et La Porte des Enfers. Pour elle, la force de cet auteur, c’est la «variété des sujets abordés et des styles d’écriture». Et elle ajoute, tout sourire: «En plus, il parle beaucoup de l’Italie.» Appréciant ses textes, elle envisage de poursuivre avec d’autres titres de son œuvre, tout comme certains de ses camarades qui sont allés s’approvisionner en médiathèque ou en librairie.

De l’avis des collégiens, les échanges au Château Mercier et à l’aula du LCP étaient complémentaires. Ainsi que le résume un étudiant, le premier a permis de mieux cerner l’homme et le second l’auteur. Certaines de ses anecdotes ont touché les jeunes, par exemple lorsqu’il a raconté son obstination malgré plus de 30 refus de maisons d’édition pour son premier roman resté non publié. «Sa volonté de continuer à écrire malgré ce que les gens ont pu lui dire au début, cela suscite mon admiration», commente une collégienne. Un étudiant retient ce moment où Laurent Gaudé a parlé de l’identification des individus en lien avec l’union, précisant que l’on s’identifie facilement à une nation ou une région, mais plus difficilement à l’Europe. «Je n’y avais jamais songé», analyse-t-il.

La personnalité de l’auteur a été appréciée par tous les élèves de cette classe. Certains ont trouvé Laurent Gaudé en cohérence avec son écriture, d’autres s’attendaient à voir quelqu’un de moins «doux», se référant à la violence de certains passages de son livre Eldorado ou quelqu’un de prétentieux, grisé par toutes les distinctions littéraires obtenues. Humainement, ils soulignent l’avoir trouvé «simple», «authentique», «noble» et «accessible». Si ce portrait peut sembler trop élogieux, il est pourtant le reflet des impressions ressenties dans cette classe. Comme le dit Romaine Crettenand, «de telles rencontres avec des auteurs de qualité leur laisseront assurément de beaux souvenirs». A ses yeux, cet accès à la littérature contemporaine offre une respiration nécessaire au programme. Quant aux cours en classe en lien avec ces rencontres avec des écrivains vivants, ils se font plus sous forme de discussion, l’enseignante n’ayant pas de savoir à transmettre comme c’est le cas avec les œuvres à étudier.

Les jeunes ont aimé les livres de Laurent Gaudé, tant au niveau du contenu que de la forme. Un étudiant qui n’est habituellement pas un grand lecteur explique l’avoir lu avec plaisir, parce qu’il aborde des «thèmes vraiment intéressants, qui font écho au monde contemporain» et que «son écriture est simple». De l’avis d’une autre élève, ce qui est original chez Laurent Gaudé, c’est «sa conception du voyage, ne se limitant pas à un simple déplacement, mais incluant un cheminement intérieur et symbolique». Une autre, plutôt lectrice de thrillers, avoue que ses mots l’ont particulièrement émue.

Interrogée sur la force de la fiction pour dire la réalité, cette classe en option arts visuels y voit comme une évidence. «Si l’on prend l’exemple du livre Eldorado, en intégrant le personnage de Piracci qui fait le voyage à l’envers, cela permet de quitter l’écriture documentaire et offre au lecteur une approche différente, car la fiction met en relief le parcours des migrants», relève une étudiante. Une autre abonde dans le même sens, tout en complétant: «Le fait d’ajouter dans l’intrigue le personnage de Salvatore Piracci ayant perdu la flamme, alors que les migrants ont tous ce désir de venir en Europe, nous renvoie à notre manque de volonté et de désirs, malgré de bonnes conditions de vie.» Une autre voix dans la classe dit encore avec force: «La fiction nous met une claque émotionnelle, alors que dans l’actualité les migrants sont déshumanisés et réduits presque à un statut d’objet ou de charge que l’on se passe de pays en pays.» Dixit l’une des jeunes, «la littérature fictionnelle fait la plupart du temps écho à ce qui se passe dans la société, en se faisant le porte-parole d’une réalité vue sous un angle différent, ce qui permet au lecteur de nourrir autrement sa pensée et de la faire évoluer».

Pour vous convaincre de l’impact de la littérature fictionnelle contemporaine pour mieux comprendre l’actualité, vous pouvez donc, si ce n’est déjà fait, vous plonger dans la lecture des livres de Laurent Gaudé et en faire découvrir certains passages à vos élèves en classe (cf. encadrés).

Interview de Laurent Gaudé

Laurent Gaude

Les jeunes ont aimé les livres de Laurent Gaudé, tant au niveau du contenu que de la forme.

 

En vous présentant, vous avez évoqué le rôle de vos parents dans la découverte du théâtre. L’école a-t-elle aussi une influence?

Absolument et je me rappelle tout particulièrement un spectacle vu grâce à l’initiative d’une prof de français et de grec. Rien ne remplacera jamais la passion d’un professeur de littérature pour ouvrir la porte sur des auteurs à découvrir. Je garde un souvenir magique de certains cours.

Y a-t-il des auteurs lus à l’adolescence qui vous accompagnent encore aujourd’hui?

Il y en a beaucoup. La découverte des textes grecs d'Eschyle, d’Euripide et de Sophocle a été très forte. Je garde également en mémoire ma rencontre avec la beauté des vers de Racine, avec les poèmes de Joachim du Bellay ou avec La Prose du Transsibérien et de la petite Jehanne de France de Blaise Cendrars. Ce texte hybride, à la fois narratif et écrit en vers libres, je l’ai trouvé puissant quand je l’ai lu à 16 ou 17 ans et il n’est pas étranger à la forme de mon écriture dans Nous l’Europe. Plus tard, dans mon parcours, j’ai été sensible à des univers plus contemporains, dont celui de Bernard-Marie Koltès ou de Gabriel García Márquez. J’aime la littérature intelligente, profonde, mais en même temps joyeuse et plaisante.

La lecture est-elle toujours importante dans votre vie?

Oui, mais je vous mentirais si je ne disais pas qu’elle est menacée, mais c’est le cas pour nous tous. Dans notre société, ce temps pour lequel il faut se battre au quotidien est de plus en plus contesté. Dans la journée des étudiants, cela doit être bien difficile de dégager cet espace pour lire, car ils ont tellement d’autres sollicitations.

Avez-vous perçu très tôt que la fiction avait le pouvoir de dire autrement la réalité?

Je l’ai observé au fur et à mesure, notamment lors de voyages où je me suis confronté au réel, par exemple au nord de l’Irak ou à Port-au-Prince. J’avais pour mission de rendre compte de ce réel et je l’ai d’abord fait de manière assez classique, en écrivant des articles, toutefois je me suis aperçu que pour moi la meilleure expression était d’en faire un objet qui avait sa part de fiction. Je n’avais pas prévu de revenir de ces voyages-là avec des poèmes qui, selon moi, disent quelque chose de plus, en évoquant mieux l’ambiance ressentie.

Vos romans, malgré la dureté du réel, sont teintés d’une forme d’espérance…

Si mes livres racontent la vie de personnages malmenés par la vie ou par l’histoire, je ne voudrais pas qu’on les quitte en se disant que le monde est sinistre. J’aime chercher la beauté de ceux qui arrivent à rester dignes, même s’ils sont à terre, malgré les coups du sort, car c’est cela qui me touche le plus.

Comment vous sont venues l’idée et l’envie d’écrire sur l’Europe, sujet vaste et complexe?

Ce thème m’intéressait tout d’abord en tant que citoyen. Après avoir écrit mon premier recueil de poèmes De sang et de lumière qui parle de voyages lointains et de migration sous une autre forme que dans Eldorado, je me suis dit que c’était possible d’aborder la thématique de la construction européenne, a priori ennuyeuse, en vers libres. En amenant le sujet de l’Europe dans le cercle de la poésie, j’ai pensé que je pourrais peut-être inviter le lecteur à poser un regard différent sur l’Europe et à se questionner sur l’identité européenne. J’ai voulu raconter l’histoire avec un peu d’élan afin de faire la traversée en une fois, car l’Europe est le fruit d’un mouvement de construction, de destruction et de renouveau.

Propos recueillis par Nadia Revaz

 

 

L Gaude eldorado 

Un extrait de Eldorado

«Catane s'éloignait. Dans sa barque silencieuse, il se sentait à la dimension du ciel. Il était une infime partie de l'immensité qui l'entourait, mais une partie vivante. Il avait peur, bien sûr, mais d'une peur qui lui fouettait les sangs. Il partait là-bas, dans ce pays d'où ils venaient tous. Il allait faire comme eux: passer des frontières de nuit, aller voir comment les hommes vivent ailleurs, trouver du travail, gagner de quoi survivre. Il avait mis le cap sur la Libye. Il ne savait pas ce qu'il ferait une fois là-bas. Il n'avait plus aucun plan. L'instant imposerait son rythme. Il resterait peut-être sur les côtes libyennes pour travailler ou plongerait plus avant dans le continent africain. Cela n'avait pas d'importance. Pour l'heure, il laissait sa barque fendre la mer.»

Laurent Gaudé in Eldorado (Actes Sud, 2006)

 L Gaude Europe

Un extrait de Nous l’Europe: banquet des peuples

«Qui sommes-nous maintenant?
Ce que nous partageons,
C’est d’avoir traversé le feu,
D’avoir été, chacun,
Bourreau et victime,
Jeunesse bâillonnée et mains couvertes de sang.
Ce que nous partageons,
C’est l’humanisme inquiet.
Nous savons ce que l’homme peut faire à l’homme,
Nous connaissons l’abîme,
Nous avons été avalés par sa profondeur.
Ce qui nous lie, c’est d’être un peuple angoissé,
Qui sait l’ombre qui est en lui.
L’Europe, c’est une géographie qui veut devenir philosophie.
Un passé qui veut devenir boussole.
Un territoire de cinq cents millions d’habitants,
Qui a décidé d’abolir la peine de mort,
De défendre les libertés individuelles,
De proclamer le droit d’aimer qui nous voulons,
Libre de croire ou de ne pas croire.
Nous sommes humanistes et cela doit s’entendre dans nos choix.
Aucun Dieu unique en Europe,
Aucun panthéon devant lequel s’agenouiller.
Le territoire est vaste et doit le rester.
Nous avons construit un continent Babel,
Etrange et compliqué,
Qui ne tient que dans cet équilibre subtil
Entre indépendance et fraternité.»

Laurent Gaudé in Nous, l’Europe: banquet des peuples (Actes Sud, 2019)


 

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Sandrine Duay, enseignante à l’école primaire, a d’abord effectué un remplacement à Dorénaz, puis elle atravaillé à Champéry et à Evionnaz. En congé sabbatique, elle est depuis six mois au cœur de la jungle gabonaise, à Bambidie, village géré par une société forestière suisse qui œuvre dans une perspectivede développement durable. Elle livre mille et une anecdotes, découvrant avec curiosité et enthousiasme, selon son expression, «cet autre monde».

A Bambidie, Sandrine Duay occupe un poste de consultante multitâche en lien avec le centre culturel et l’école. Les premiers mois, elle a d’abord œuvré pour améliorer les conditions d’éducation. C’est ainsi qu’une course à parrains a été organisée dans les écoles du district de Saint-Maurice. Grâce à cette initiative, du matériel acheté au niveau local a pu être vendu à prix subventionné selon les moyens des parents. Ainsi que le relève Alain Grandjean, directeur des écoles du district de Saint-Maurice, Sandrine Duay a mûrement réfléchi son projet et toutes ses étapes dans le respect de chacun.

Après un temps d'adaptation, Sandrine Duay apporte désormais tous les matins son aide aux enseignants en accompagnant des groupes dans l’apprentissage de la lecture. «Ici, les élèves apprennent surtout sous forme de “drill”», relève-t-elle, essayant d’insuffler une approche davantage basée sur le plaisir de lire. Dans le cadre d’activités extrascolaires, elle a aussi mis sur pied un atelier de correspondance avec des classes d’Evionnaz, dans lequel elle valorise la créativité.


Une autre réalité scolaire

La liste des différences entre l’école valaisanne et gabonaise est longue, mais Sandrine Duay est d’avis que les disparités contextuelles et culturelles font que l’on ne peut guère comparer. «Au Gabon, les enseignants sont mal rémunérés et ils peuvent être mutés d’une région à l’autre, comme en France», raconte Sandrine Duay. Et de poursuivre: «Sur le site, il y a 700 élèves répartis en 10 classes primaires, aussi j'ai dû adapter ma tolérance au bruit en fonction de la taille extrêmement élevée des effectifs.»

Via cette expérience, Sandrine Duay porte désormais un regard différent sur l’école valaisanne.«Le fait d’être au Gabon m’a fait prendre conscience de la chance qu’on a en Suisse d’avoir un Etat qui investit dans l’école, ce qui nous permet d’avoir des conditions de travail assez idéales», commente-t-elle. A Bambidie, elle découvre par contre un autre mode de vie, où les gens ont le temps de faire les choses de manière plus tranquille. Qu’aimerait-elle insuffler à l’école gabonaise? «Il faudrait repenser le programme scolaire, car les manuels gabonais sont inspirés des méthodes françaises, alors qu’ils devraient à mon sens davantage tenir compte de la réalité du pays.» A l’inverse, elle note que les élèves au Gabon sont bien plus débrouillards qu’en Valais et ont le sens du rythme, du chant, de la danse et de l’expression. Bref, il suffirait de mélanger un peu les compétences…

Propos recueillis par Nadia Revaz


Des craies à donner?

A Bambidie, l’école manque de craies. En Valais, les tableaux noirs sont remplacés par les TBI, aussi vous avez peut-être des craies à donner. Si oui, Sandrine Duay rationalise volontiers un éventuel envoi, alors Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser..

 


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Le CO de Bagnes-Vollèges à la découverte des pains suisses

Pour sa 19e édition, la «Semaine du goût 2019» avait pour thème les pains suisses. Ses objectifs concordant avec ceux de l’éducation nutritionnelle du PER, l’animation Economie familiale s’est associée à Promotion Santé Valais pour proposer des pistes d’activités aux classes de toute la scolarité obligatoire.

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La recette de la Cressin (pain sucré avec de la cannelle)

 

Les ingrédients:

  • 2,5 dl. de lait
  • 1 cube de levure (42 g.)
  • 100 g. de sucre
  • 1 oeuf battu
  • 1/2 zeste de citron
  • 1/2 jus de citron
  • 1 c.c. de sucre vanilliné
            
  • 1 c.s. de cannelle
  • 1 pointe de couteau de muscade
  • 100 g. de beurre
  • 500 - 600 g. de farine
  • 1 c.c. de sel
  • 1 oeuf battu
  • 2 c.s. sucre

 

La recette:

  1. Préchauffer le four à 180°
  2. Délayer dans une terrine la levure
  3. Ajouter et mélanger le sucre
  4. Ajouter et mélanger l'oeuf
  5. Ajouter et mélanger les zestes et le jus de citron
  6. Ajouter et mélanger le sucre vanillié, la canelle et la muscade
  7. Couper le beurre en dés et les ajouter 
  8. Ajouter le sel
  9. Ajouter petit à petit la farine et pétrir jusqu'à l'obtention d'une pâte lisse et souple
  10. Laiser lever à couvert à température ambiante
  11. La pâte doit doubler de volume
  12. Former 2 pains ronds, légèrement plats
  13. Déposer sur une plaque préparée
  14. Couper le dessus du pain avec les ciseaux ou avec un couteau
  15. Badigeonner les pains généreusement avec l'oeuf battu
  16. Saupoudrer de sucre
  17. Enfourner dans un four froid ou couvrir et laisser lever 30-40 minutes
  18. Faire cuire 30-35 min.

 

Remarques:

  • Comme matières grasses, vous pouvez utiliser du beurre, de la margarine, du beurre fondu, du saindoux ou un mélange de ces matières grasses.
  • Vous pouvez utiliser de la farine blanche ou ½ blanche – ½ complète.
  • Ajouter 80-100 g. de raisins secs et/ou 50 g. de noix concassées.
  • Vous pouvez congeler la pâte sans la laisser lever, dans un sachet hermétique et la sortir la veille de son utilisation en la laissant tranquillement décongelée et levée à température ambiante.

 

pdf Article paru dans Résonances 2019

 

Pierre Vianin3

Pierre Vianin, enseignant d’appui à Noës et professeur à la Haute école pédagogique valaisanne à St-Maurice, a récemment écrit un livre ou plutôt un guide théorique et pratique de la supervision pédagogique en cinq étapes. Ce modèle (préparation de la supervision, observation, préparation de l’entretien, entretien réflexif et clôture) est basé sur la démarche proposée à la HEP-VS qui vise à «la construction d’une identité professionnelle nourrie par la pratique réflexive». L’auteur précise qu’il ne s’agit bien évidemment pas du seul modèle possible, d’autres pouvant être tout à fait complémentaires.

 

La diversité des manières d’enseigner est riche pour autant que les élèves progressent.

 

Cet ouvrage de Pierre Vianin est susceptible d’intéresser les praticiens-formateurs, les superviseurs institutionnels, mais aussi les inspecteurs scolaires, les directeurs d’école, les conseillers pédagogiques, ainsi que les enseignants n’ayant pas encore décidé de suivre la formation des PF mais curieux de s’interroger sur leur propre style d’enseignement (cf. pp. 151-152 pour la typologie des styles d’enseignement). Il est publié aux éditions De Boeck Supérieur, comme du reste plusieurs de ses précédents titres, dont Contre l’échec scolaire (3e édition en 2015) ou Comment développer un processus d’aide pour les élèves en difficulté? (2016).

 

Quelle est l’origine de cet ouvrage sur la supervision pédagogique?

J’ai fait partie de la première petite équipe d’enseignants engagés en 2001 avant l’ouverture de la HEP-VS. Nos réflexions ont alors bénéficié d’une année blanche entre la fin de l’Ecole normale et le début de la HEP. Isabelle Truffer et Jacqueline Vuagniaux, avec une vision claire et novatrice, ont alors défendu l’idée de la nécessité de mettre en place une véritable formation de praticien-formateur pour accompagner les stagiaires, ce qui ne se faisait pas à l’Ecole normale et ce qui, même aujourd’hui, n’existe pas forcément dans tous les instituts de formation des enseignants. A ce moment-là, je travaillais aussi comme collaborateur scientifique à Fribourg en pédagogie curative et, en m’occupant des étudiants valaisans tout en bénéficiant du coaching de mes collègues, j’avais acquis une modeste expérience de la supervision des stages. De ce fait, on m’a alors demandé de donner un cours à la HEP-VS dans le cadre de la formation des PF. Avec les volées successives, le contenu s’est amélioré et il m’a semblé judicieux de partager cette désormais longue expérience via un livre, d’autant plus qu’il y a assez peu d’ouvrages entièrement consacrés à la supervision pédagogique et que celui d’Acheson & Gall, que je conseille régulièrement, date de 1993.

 

Dans votre livre, vous insistez à différentes reprises sur la complexité liée à la supervision. Est-ce dès lors une mission plus facile pour un PF expérimenté que pour un jeune PF?

Dans les deux cas, il y a des avantages et des inconvénients. A la HEP-VS, les enseignants doivent actuellement avoir trois ans d’expérience pour suivre la formation de PF, aussi certains ont en effet peu de pratique, mais par contre leurs connaissances théoriques sont récentes. A contrario, les enseignants expérimentés doivent réactiver leur bagage théorique et parfois une longue pratique du terrain les invite plus facilement à vouloir donner des conseils ou à juger au lieu d’accompagner le stagiaire dans son cheminement à partir de là où il est.

 

A propos de la théorie, vous écrivez: «La difficulté d’analyser sa pratique à l’aide de la théorie – fréquemment rencontrée – pourrait être surmontée si les institutions de formation organisaient les apprentissages autour de quelques concepts fondamentaux.» En quoi ce recentrage pourrait-il s’avérer utile dans le cas de la supervision?

Si les stagiaires et les PF ont parfois de la peine à faire des liens avec la théorie, c’est à mon sens parce qu’une multitude de concepts sont abordés en formation sans jamais être regroupés autour de quelques noyaux de savoirs solides. C’est pour cela que j’ai essayé de proposer neuf modélisations théoriques, sachant qu’il s’agit de trouver un point nodal pour avoir un levier de changement.

 

resonances supervision

 

Ceux qui vous lisent savent que vous évoquez souvent la méthode de l’inspecteur Columbo. Peut-on dire que le point nodal est au cœur de l’énigme?

En effet, car le point nodal permet d’activer plus facilement un levier de changement. A partir des neuf clés d’analyse, je peux par exemple dire à un futur enseignant qu’il est très contrôlant, ce qui peut l’aider à accompagner différemment ses élèves.

 

Le domaine d’expertise du superviseur peut-il servir à guider l’accompagnement?

Autant utiliser son domaine d’expertise, car le point d’entrée importe somme toute assez peu. L’enseignement est systémique et comme tout est lié, les progrès se font ensuite en cascade. Par contre, plutôt que de partir dans toutes les directions, mieux vaut avoir un point d’entrée clair, quitte à ce qu’il soit un peu réducteur. De la même manière, il me semble plus fonctionnel de ne travailler qu’à partir d’un seul objectif prioritaire.

 

Pourrait-on dire que la posture à adopter est, dans les grandes lignes, la même qu’il s’agisse du processus d’aide pour les élèves en difficulté ou de l’accompagnement des stagiaires?

Absolument. En écrivant certains chapitres de ce livre, j’avais par moments l’impression de décrire ce que je fais régulièrement en appui, en menant l’enquête, en identifiant le point nodal, puis en fixant un objectif qui est pour moi un levier de changement.

 

Pour une supervision réussie, tant le superviseur que le stagiaire doivent cheminer, en se questionnant sur leur identité professionnelle et personnelle… Lorsqu’un superviseur peine à dépasser ses propres résistances, la supervision peut-elle s’avérer impossible?

Chaque année, certains, parfois de très bons enseignants au demeurant, arrêtent leur formation pour cette raison précisément. Avec les futurs PF, je commence par un exercice qui peut paraître simpliste, en leur demandant ce qu’est pour eux le rôle de l’école, de l’enseignant, de l’élève et du savoir. Pour qu’ils puissent accompagner les stagiaires dans l’évolution de leurs représentations, il est indispensable qu’ils soient capables de se remettre eux-mêmes en question et acceptent de partager certaines de leurs difficultés.

 

Vous dites que le superviseur «tricote» avec ses observations, les propos et les représentations… Est-ce à dire qu’il n’y a pas de modèle?

Oui, et à ce propos j’ai lu un livre intéressant du philosophe Fabrice Midal qui restaure la place de l’intuition et parle de «rationalité souterraine». L’expertise ne signifie pas pour autant que l’on sache pourquoi l’on fait tel ou tel choix, l’intuition servant parfois de guide, tout comme la créativité ou la flexibilité.

 

Dans votre ouvrage, les situations décrites peuvent sembler un peu trop idéales, malgré le chapitre sur les possibles résistances…

Je suis conscient qu’il y a chez moi une forme de cécité par rapport aux éventuels blocages, car j’ai tendance à surtout donner des exemples qui réussissent. Il est vrai que je devrais certainement creuser davantage lorsque cela ne fonctionne pas.

 

L supervision pedagogique

 

Dans votre conclusion, vous rappelez que ce n’est pas d’abord l’enseignement du stagiaire qui est évalué, mais l’apprentissage des élèves. Cela signifie-t-il que le superviseur doit regarder les progressions des élèves avant toute chose?

Je crois que le superviseur, s’il a un doute, doit se poser la question de savoir si les élèves ont appris, et ce, quel que soit le style d’enseignement. La diversité des manières d’enseigner est riche pour autant que les élèves progressent.

 

Vous évoquez aussi la supervision différée avec l’utilisation de la vidéo. Cette piste permettant de faire des arrêts sur image ne risque-t-elle pas de conduire à une supervision trop fine, jusqu’à être décourageante?

Pour l’avoir expérimenté dans le cadre d’un mandat de formation continue des maîtres socioprofessionnels, des éducateurs et des enseignants spécialisés à l’ORIF, je n’ai pas cette impression. La vidéo offre le confort de pouvoir revoir la séquence, sans devoir l’observer sous tous les angles en même temps. Avec une collègue de la HES-SO, Susanne Lorenz, nous avons analysé plus de 70 vidéos d’éducateurs et de maîtres socioprofessionnels qui se filment en atelier avec les jeunes en formation. En groupe, à huit, nous avons ensuite croisé nos regards avec les différents professionnels qui travaillent à l’ORIF. Avant la discussion avec le maître socioprofessionnel, nous avions tendance à nous poser de nombreuses questions, mais dès que le professionnel explique le comment et le pourquoi de sa démarche et définit son objectif personnel de formation, l’analyse se fait à partir de son point de vue et non du nôtre, donc ce risque disparaît. Même sans vidéo, le superviseur doit quitter ses hypothèses lorsqu’il passe de l’observation à l’entretien, afin d’être à l’écoute de la personne accompagnée. L’enjeu consiste ensuite à se référer aux hypothèses découlant de l’observation en fonction des besoins formulés.

 

La formation continue des enseignants ne pourrait-elle pas aussi se faire via un accompagnement de ce type?

C’est en cela que la démarche du centre de formation spécialisée de l’ORIF de Sion me semble particulièrement intéressante, car là la supervision entre dans un processus de formation continue. Pierre-André Rossier, responsable de la formation pédagogique à l’ORIF, fait un travail exemplaire qui pourrait être source d’inspiration. De plus, les diverses professions apprennent à se découvrir de manière intéressante, puisque par exemple le MSP suivra un soir le travail de l’éducateur en appartement et l’éducateur ira dans l’atelier de peinture. Grâce à cet échange, le respect mutuel interprofessionnel augmente et chacun perçoit que les différents jobs au sein de l’institution présentent davantage de similitudes que supposé.

 

Si vous aviez une baguette magique, avec votre expérience et suite à cet ouvrage, que changeriez-vous à la supervision pédagogique telle que pratiquée actuellement à la HEP-VS?

A mon sens, il faudrait plus de souplesse dans le programme de la HEP, car aujourd’hui au stage 3 le focus est mis sur la planification et la réalisation, au stage 4 sur la communication, etc. J’estime que cette vision institutionnelle, qui n’est pas propre à la HEP-VS, mais à tous nos instituts de formation en Suisse, peut entrer en conflit avec celle de l’accompagnement du stagiaire. Je suis d’avis qu’il serait judicieux de s’orienter vers une supervision plus ouverte et co-construite avec l’étudiant. Le modèle des étudiants haut-valaisans, actuellement dans les classes en tant qu’enseignants, est certainement une piste à suivre. Au départ, cette situation visait à répondre dans l’urgence à une problématique de pénurie, toutefois je pense que c’est une approche qui pourrait s’avérer plus efficace pour la formation des enseignants, car dans ce cas l’accompagnement répond à des besoins identifiés sur le terrain par les stagiaires ayant déjà leur classe.

  

Propos recueillis par Nadia Revaz

 


 

Référence

Un guide pratique qui fournit aux superviseurs de stage une procédure, des outils pratiques, des grilles et des démarches utiles à la formation des enseignants. Pierre Vianin. La supervision pédagogique. De Boeck supérieur. Collection Pratiques pédagogiques, 2019.

 


 

Conférence à la HEP-VS le 18 février 2020

Pierre Vianin présentera son ouvrage le mardi 18 février 2020 à 17h30 à l’Aula du CO de la Tuilerie à St-Maurice.

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Une journée aux sports d’hiver: l’accident en AC&M

Objectifs : Dans une boîte en carton, représenter un accident lors d’une journée aux sports d’hiver en appréhendant et en organisant l’espace en plan et en volume.

 

 

pdf Article paru dans Résonances 2019

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